Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 20 novembre 2015

Vin : trois raisons qui expliquent l’excellente qualité du millésime 2015


L’excellente qualité du millésime 2015 en France n’est pas un refrain entonné par les seuls professionnels du vin. C’est une réalité qu’explique Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du Monde 1992, à travers trois raisons tenant au climat, tandis que le savoir-faire des vignerons français continue à s’affiner.


Le millésime 2015 serait excellent à en croire les professionnels. Un fantasme mêlé d’arguments promotionnels? « Les professionnels ont rarement tendance à clamer quand la situation va bien pour eux », répond d’entrée de jeu Philippe Faure-Brac. Trois raisons climatiques propres à 2015 expliquent l’équilibre des vins de l’année, indique-t-il, dans un entretien avec Agra Presse le 19 novembre.

Les conditions sont réunies : la luminosité, l'eau, les températures

Ainsi, l’ensoleillement a pleinement joué. L’exposition des vignes à la lumière du soleil a été forte en juillet, elle a été également suffisante tout au long des six mois qui ont précédé.
D’autre part, les réserves en eau ont leur rôle. Les vignes ont eu soif, mais elles n’ont pas connu massivement de stress hydrique, parce que les réserves d’eau ont été rechargées au cours de l’hiver et du printemps. De plus, les pluies sont arrivées au bon moment en août… sans excès.
Enfin, les températures. Les journées ont été chaudes, voire très chaudes, surtout dans le sud du pays, mais les nuits étaient fraîches, surtout à partir d’août, précise Philippe Faure-Brac, qui est impliqué dans la conduite du domaine de Bernard Duseigneur, dans le village de Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse). Il est notamment chargé d’élaborer les assemblages et décide avec un œnologue la hiérarchie des cuvées et des méthodes d'élevage.

Les vignerons pratiquent de plus en plus le tri sélectif des raisins à l’arrivée dans les caves

Les coups de chaleur de juillet (40 degrés certains jours du sud de la France jusqu’à Clermont-Ferrand) n’ont pas entamé la qualité, parce que l’essentiel de la qualité se joue dans les deux derniers mois du cycle végétatif : « Août fait le raisin, septembre fait le vin », ajoute le sommelier, citant un adage vigneron.

Au-delà de cette année d’un très bon niveau, il est vrai que la qualité s’améliore, et ce n’est pas un argumentaire de professionnels pour vanter leurs vins. « L’évolution des techniques permet d’être plus pointu qu’auparavant, tant dans la gestion des vendanges que dans la vinfication ». En effet, les vignerons pratiquent de plus en plus le tri sélectif des raisins à l’arrivée dans les caves, et les techniques de vinfication permettent de corriger les déséquilibres du vin et de réaliser les assemblages de cépages harmonieux, selon Philippe Faure-Brac.

Le millésime 2015 très bon à remarquable, selon les caves coopératives

Le millésime 2015 est « très bon » dans la plupart des régions, voire « remarquable » en vallée du Rhône, a indiqué le 19 novembre Boris Calmette, le président de la Confédération des caves coopératives. La  sécheresse en Champagne Alsace, Beaujolais, Val de Loire et Aquitaine a réduit la taille des grains de raisins, ce qui a eu pour conséquence de limter le rendement dans ces régions, et aussi de concentrer le sucre, les arômes et les acides, et donc d’élever la qualité. Même le sud de la France, qui a connu des épisodes de fortes chaleur (40 degrés certains jours de juillet), n’a pas connu de stress hydrique, parce que des orages sont venus apporter l’eau nécessaire, sans pour autant entretenir une humidité qui aurait été favorable au développement des parasites, a complété Christophe Groppi, directeur de la cave coopérative Les Celliers d’Orfée (Aude).

Il est rare de voir un tel équilibre entre le degré d'alcool et le taux d'acidité, a-t-il ajouté. De plus, cet équilibre concerne tous les cépages : les cépages méditerranéens, tels le mourvèdre et le carignan, comme les cépages océaniques, tels le merlot et le cabernet. En effet, la plupart des autres années sont soit trop humides, et, dans ce cas, ce sont les cépages océaniques qui résistent mieux, du fait de la peau plus épaisse des grains, qui offre une résistance aux parasites année courante. Soit elles sont trop sèches, et ce sont les cépages méditerranéens qui prennent le dessus. Cette fois, les deux types de cépages se sont adaptés aux conditions climatiques de l'année, en garantissant l'équilibre alccol-acidité, a expliqué Christophe Groppi.

Marc NICOLLE



Téléchargement