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Vendredi 06 juillet 2018

Privatiser jusqu’où ?


Trois évolutions, la fin des quotas de production (laitiers ou betteraviers), la baisse des droits de douane (organisée par des accords bilatéraux, ou auparavant l’OMC), et la baisse redoutée du budget de la Pac, dessinent un même mouvement : le retrait des pouvoirs publics des affaires agricoles, autrement dit une privatisation croissante du secteur. En lait, la disparition des quotas régionaux a signé la fin d’une organisation publique du maillage territorial de cette production. C’est désormais aux syndicats et aux organisations de producteurs de reconstituer eux-mêmes quelque forme de solidarité territoriale. De même, la disparition du quota laitier communautaire a signé la fin d’une gestion publique des prix. C’est maintenant aux éleveurs et aux laiteries de gérer eux-mêmes les variations des cours, en faisant appel aux prêts bancaires, aux marchés à terme, ou aux assureurs. Enfin, la baisse des droits de douane ou des soutiens de la Pac signifie une moindre incitation publique à consommer européen. Le consommateur devient de plus en plus libre – en fonction de ses moyens – de choisir l’origine et la qualité des produits qu’il achète. Pour les agriculteurs européens, ce mouvement de privatisation commence à manquer cruellement de cohérence. Car en matière de phytos ou de bien-être animal, les pouvoirs publics européens paraissent bien plus présents que leurs homologues d’outre-Atlantique. Malheureusement, pour être cohérent, c’est la gestion de l’environnement et du bien-être animal qu’ils pourraient bientôt privatiser.

Mathieu ROBERT, rédacteur en chef



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