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Vendredi 17 mars 2017

Les producteurs de lait à la recherche de solutions face à la crise


C’est à Langres, berceau de plusieurs AOP fromagères, que la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) a tenu son 73e congrès le 15 mars. La crise qui dure depuis deux ans s’est bien évidemment invitée dans les débats des producteurs, non pas pour s’en lamenter mais pour essayer de trouver des solutions. Face à une année 2017 qui s’annonce sans vraie embellie sur les marchés laitiers, la FNPL a présenté quelques démarches avec un juste retour de la valeur aux producteurs. Phil Hogan, commissaire européen à l’agriculture, s’était déplacé, le 16 mars, pour échanger avec les producteurs.


« À la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), nous ne surfons pas sur la vague du déclin », s’est exclamé Thierry Roquefeuil, président du syndicat, le 16 mars, lors de la clôture de la 73e assemblée générale de la FNPL. « Je revendique un syndicalisme de solutions, responsable et précurseur », a-t-il continué. Et des solutions, il en faut face à une crise qui dure depuis deux ans et des trésoreries dans le rouge. Durant une table ronde intitulée « Tirer les leçons de la crise », Luc Mangelinck, responsable du service étude du CER Bretagne, affichait, pour le premier semestre 2017, une chute de la trésorerie nette globale par exploitation de 14 200 € si le prix du lait restait à 305 €/1 000 l. D’après les chiffres des exploitations bretonnes, « un quart des producteurs arrivent à boucler leur budget à 300 €/1 000 l », expliquait-il. Une situation qui « n’est pas pérenne sur le long terme » et qui oblige « à des annuités d’emprunt contraintes », selon lui. Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, évoquait, dans une vidéo, en clôture de l’assemblée générale, un revenu pour les éleveurs de 354 €/mois en 2015, selon la Mutualité sociale agricole. En 2016, le prix moyen payé au producteur était de 285 €/1 000 l. Si ces quelques chiffres diffusés pendant l’assemblée générale et certaines interventions d’éleveurs ont rendu compte des difficultés rencontrées, les intervenants ne se sont pas appesantis sur la situation.

Trois démarches créatrices de valeurs pour le producteur

Ainsi, la FNPL a orchestré un débat, le 15 mars, sur le thème de « Nos valeurs ont de la valeur » avec trois acteurs ayant eu la même démarche d’un plus juste retour de la valeur ajoutée au producteur. Le spécialiste de la distribution alternative Nicolas Chabanne a présenté l’historique et les résultats de la marque de lait liquide « C’est qui le patron ? » qu’il a créée avec des consommateurs. Mise en place il y a sept mois, elle a permis d’écouler plus de 5 millions de litres en 4 mois, avec des ruptures de stocks régulières vu la demande. La marque fait vivre « près de 120 familles d’éleveurs », selon Nicolas Chabanne. Le prix de vente de la brique de lait 0,99 €/l a été fixé par le consommateur avec un retour de 0,39€/l au producteur (soit 390 €/1000l). Michel Biéro, gérant des achats chez Lidl, a cité deux exemples de contrats tripartites entre producteurs, industriels et son groupe, dans le lait et le porc. Dans le lait, un tunnel de prix de +/- 30 €, fixé dans le contrat, permet de lisser le prix au producteur. En moyenne, c’est un prix de 320€/1 000 l que reçoit l’éleveur. « On n’est pas encore sur un lait équitable », reconnaît Michel Biéro. Il évoque un lien avec l’éleveur qui perdure dans le temps et des rencontres « dont la fréquence est définie avec les producteurs ». À noter que, pour les deux démarches, c’est la laiterie Saint-Denis-de-l’Hôtel (LSDH, dans le Loiret) qui a été le partenaire industriel.

André Bonnard : « Si on veut, on peut ! »

« À part la laiterie Saint-Denis-de-l’Hôtel, personne ne s’est manifesté pour aller dans ce sens-là [du contrat tripartite, ndlr] », avance Michel Biero. Arnaud Fossey, président de la Coopérative d’Isigny Sainte-Mère, a de son côté repris l’histoire de sa coopérative expliquant que le marketing qui en découle et le savoir-faire permettaient une rémunération des producteurs légèrement supérieure à la moyenne. Plus de 52 % du chiffre d’affaires est réalisé à l’export en vendant l’image de la Normandie. « Oui, ce sont de petits volumes. Oui, ce sont des valorisations un peu supérieures à celles du marché. Mais nous voulions montrer que c’est possible », s’est exclamé André Bonnard, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait à la suite de ces présentations. « Si on veut, on peut. Quand les gens veulent travailler ensemble, cela crée de la richesse et de la valeur », a-t-il insisté. Et de conclure le débat, en faisant référence à la filière viti-vinicole : « Ils ont d’abord travaillé avec les petits négoces, puis avec la coopération et enfin les grands négoces les ont rejoints ! ».

Phil Hogan, présent à l’assemblée générale

Grande première également pour cette assemblée générale, la présence d’un commissaire européen à l’agriculture. Phil Hogan, arrivé le 15 mars, s’est lancé le lendemain dans un jeu de questions-réponses avec la salle, permettant d’aborder des questions plus politiques. « Je ne peux agir que dans le cadre législatif que j’ai », a-t-il souligné, rappelant au passage que ce sont les mêmes personnes qui ont voté la PACac en 2013 qui ont déclaré, deux ans plus tard, qu’elle était « trop bureaucratique et difficile à comprendre ». « Je suis convaincu que l’on peut faire mieux », a-t-il déclaré, évoquant également toutes les mesures prises pour faire face à la crise. « Cela montre que l’Union européenne a su reconnaître les difficultés des producteurs laitiers », avançait-il. Il a vivement incité les acteurs de la filière à mieux travailler ensemble, s’interrogeant sur la raison du non-retour de la valeur ajoutée au producteur en France, notamment à la suite des exportations. Phil Hogan, bien que renvoyant parfois la balle au gouvernement français sur la gestion des aides de la Pac, a reconnu les difficultés des éleveurs. Il s’est voulu rassurant vis-à-vis de la mise en marché des 350 000 tonnes de poudre de lait des stocks d’intervention et surtout ouvert à de nouveaux dispositifs pour améliorer le système. Dans ce sens, il a évoqué, à plusieurs reprises, une consultation publique sur internet, ouverte depuis février, permettant aux éleveurs de s’exprimer sur la politique agricole, avec « déjà 16 000 réponses ».

Marché à terme, pouvoirs publics, esprit de filière

Dans une dernière table ronde, intitulée « Tirer les leçons de la crise », Jérémy Decerle, président des Jeunes agriculteurs, a renvoyé la responsabilité aux producteurs pour faire évoluer la situation : « Il y a une structuration de nos organisations de producteurs à faire pour que la fluidité entre les différents maillons de la filière se fasse. Actuellement, les organisations de producteurs ne sont pas à leur optimum. Il s’agit de prendre nos responsabilités face à des gens qui ne veulent pas la prendre ». La question des marchés à terme a été également abordée. Catherine Lascurette, membre de l’Irish Farmer Association, a présenté l’exemple des contrats irlandais à prix fixe entre producteurs et industriels. « Si le prix n’est pas rémunérateur, les éleveurs ne signent pas le contrat », a-t-elle affirmé. Elle a également développé la question de la crise en Irlande, amoindrie par rapport à la France, puisque ce n’est qu’à 220€/1 000 l que les producteurs ont commencé à souffrir, soit en juin 2016. « L’industrie peut faire énormément de choses avec ingéniosité », a-t-elle affirmé, sachant tout de même qu’en Irlande, le secteur laitier est le plus rémunérateur des secteurs agricoles. Pour autant, tout n’est pas si simple, selon elle. « Notre marché intérieur est de 4,5 millions de personnes et nous produisons du lait pour 40 millions. Si l’on n’est pas d’accord entre nous, nous sommes morts ! ». Jean Cordier, économiste à AgroCampus Ouest, aura le mot de la fin : « Aide-toi, le ciel t’aidera ! Que la filière gère par elle-même ses solutions de crises et que la Pac et les pouvoirs publics viennent après ». Certes, répondra Marie-Thérèse Bonneau, vice-président de la FNPL, mais que « la gestion du risque en filière ne repose pas sur un seul maillon, les producteurs ». À cette assemblée générale, étaient présents les trois médiateurs des relations commerciales du gouvernement, le directeur de la Fédération nationale des industries laitières et même Michel Nalet, porte-parole de Lactalis. Le message de la FNPL aura donc été entendu par tous.

« Quand les gens veulent travailler ensemble, cela crée de la richesse et de la valeur »

Phil Hogan s’est voulu rassurant sur la mise en marché des 350 000 tonnes de poudre de lait des stocks d’intervention

Une nouvelle grille tarifaire Lactalis permettrait « de gonfler artificiellement le prix de base payé aux producteurs »

11 300 producteurs indemnisés pour la non-production de 146 000 tonnes de lait en France

Selon un communiqué du ministère de l’Agriculture du 16 mars, 11 300 producteurs de lait viennent d’être indemnisés pour la non-production de 146 000 tonnes de lait en France. « Les producteurs de lait de vache ayant réduit leur production pendant les trois derniers mois de l’année 2016 viennent de percevoir le versement de cette indemnisation » qui se monte à 0,14 € par kilo de lait non produit, majorée de 0,10€ du kilo par le gouvernement français pour les cinq premiers pourcents de réduction. « Un second versement sera effectué d’ici le printemps pour les producteurs engagés dans la seconde phase de réduction correspondant aux deux derniers mois de l’année 2016 et au mois de janvier 2017 », selon le ministère. Une mesure qualifiée de « succès » par Stéphane Le Foll mais aussi par Phil Hogan, commissaire européen à l’agriculture, présent le 16 mars à l’assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) à Langres.

Lait : Lactalis développe une nouvelle grille tarifaire pour rémunérer les producteurs selon les JA

En mars, « Lactalis, premier groupe laitier mondial, utilise une nouvelle grille tarifaire pour rémunérer les producteurs de lait », selon un communiqué du 15 mars des Jeunes agriculteurs (JA). Il s’agirait, d’après le syndicat, de se baser sur « des indicateurs de qualité supérieurs à ceux utilisés habituellement » (taux butyreux à 41 au lieu de 38 et taux protéique à 33 au lieu de 32). Ce système permettrait « de gonfler artificiellement le prix de base payé aux producteurs » et « rendra plus difficile la comparaison des rémunérations entre les différentes laiteries ». Le syndicat « déplore » le manque de concertation avec les producteurs et « le non-respect des indices habituels des accords interprofessionnels ». Durant l’assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait, le même jour à Langres, le sujet a été abordé entre professionnels mais en marge des débats. Selon Michel Nalet, porte-parole de Lactalis, cette nouvelle grille de prix vise à harmoniser la grille qualité avec les autres pays européens.

Stéphane Le Foll affirme que la loi Sapin 2 doit s’appliquer aux négociations commerciales à marques distributeurs

Quelques jours après la fin des négociations commerciales pour les marques nationales, dans un communiqué du 14 mars, Stéphane Le Foll a rappelé « la nécessité de mettre en œuvre, dès maintenant, les mesures prévues dans la loi Sapin 2 », dans le cadre des négociations à marques distributeurs. À la suite de deux réunions du comité de suivi des relations commerciales, « les échanges ont montré un niveau encore insuffisant de mise en œuvre des dernières mesures introduites par la loi Sapin 2, notamment en ce qui concerne la prise en compte du prix prévisionnel payé aux producteurs » ; mesure qui doit « permettre aux deux parties de rendre objectivement compte du résultat de leurs négociations » auprès des agriculteurs. « Dans un contexte d’annonce de résultats particulièrement positifs pour certains grands groupes industriels », Stéphane Le Foll a annoncé saisir prochainement le président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges afin qu’il utilise le pouvoir qui lui a été confié par la loi Sapin 2, cest-à-dire la possibilité « de solliciter les tribunaux de commerce pour publication des comptes des entreprises ne les ayant pas publiés malgré leurs obligations légales ».

ED



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