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Lundi 01 mai 2006 | malnutrition

La distribution d’extraits foliaires de luzerne avance lentement


La distribution d’extraits foliaires de luzerne, pour lutter contre la malnutrition dans le monde, tarde à se développer. Pourtant considérés comme très prometteurs par l’Association pour la promotion des extraits foliaires (Apef), ils semblent se heurter à une certaine frilosité des ONG. Selon le professeur Eric Bertin, du CHU de Reims, les extraits foliaires permettent une nette augmentation du poids à la naissance, une meilleure lactation chez les femmes, une baisse des infections respiratoires et cutanées, une baisse des diarrhées et une amélioration de l’état de santé des sujets atteints du VIH.


A en croire les professionnels de la filière, mais également certains scientifiques, les extraits foliaires de luzerne seraient une solution pour lutter contre la malnutrition dans le monde, qui concerne près de 2 milliards d’individus. Depuis 1993, l’Association pour la promotion des extraits foliaires (Apef), créée par d’anciens responsables du groupe coopératif France Luzerne, milite pour la distribution d’extraits foliaires de luzerne pour lutter contre la malnutrition des populations en difficultés. « Les études que nous avons menées montrent clairement que les extraits foliaires de luzerne améliorent significativement l’état des individus malnutris. Ce sont des sources importantes de protéines, de vitamines A et de fer », déclarait lors d’un récent colloque à la Maison de la recherche à Paris Eric Bertin, nutritionniste au CHU de Reims et coordinateur de la Commission scientifique de l’Apef. « Des études au Togo et au Pérou ont montré de très bons résultats. Les extraits foliaires font même mieux que la poudre de lait. La renutrition est plus rapide et l’anémie est significativement réduite », explique de son côté Jacques Subtil, président de l’Apef. « Nous observons une croissance staturo-pondérale, une augmentation du poids à la naissance et une meilleure lactation chez les femmes, une baisse des infections respiratoires et cutanées, une baisse des diarrhées et une amélioration de l’état de santé des sujets atteints du VIH», précise Eric Bertin. « Les extraits foliaires aident également à supporter les traitements contre les leucémies », ajoute Jacques Subtil.

« Frilosité » des ONG

Mais depuis quelques années, les choses « avancent trop lentement » selon l’Apef. Bien que – semble-t-il – prometteurs, les extraits foliaires de luzerne ne sont guère adoptés par les organisations non gouvernementales (ONG) dans leurs programmes humanitaires. Seulement 320 tonnes ont été distribuées depuis 1996 dans 20 pays. « Si c’était vrai, ça se saurait, rétorquent souvent les ONG quand on leur parle des bienfaits des extraits foliaires », confie Jacques Subtil. Mais selon lui, les ONG se montrent « frileuses » car l’avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) sur les bienfaits des extraits foliaires de luzerne a été « nuancé » et que celui de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Aesa) n’a pas été encore rendu. « L’avis de l’Afssa a mis en évidence que les extraits foliaires de luzerne pouvaient provoquer certaines allergies dû à la présence de L-Canavanine» explique Jacques Subtil. « Cette acide aminé est pourtant présent 4 000 fois plus dans les haricots, lentilles et oignons et il n’y a pas de problème particulier», s’insurge-t-il. « L’utilisation de pigments foliaires contre la malnutrition est une idée à regarder de près. Nous ne sommes pas fermés aux innovations. Mais il faudrait arriver à produire sur place pour développer des filières locales », explique Gilles Herzel de la FAO et animateur d’Alliés contre la faim. Là-dessus, il semblerait que des filières se mettent progressivement en place. Jacques Subtil annonce la création prochaine à Madagascar d’une petite unité de production en septembre 2007, « capable de fabriquer 20 tonnes par an d’extraits foliaires de luzerne et de nourrir 5 000 enfants ».

(ACA)