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Vendredi 05 janvier 2018

Améliorer les pratiques en élevage équin grâce à la science


Plusieurs études éthologiques éclairent sous un nouveau jour certaines pratiques courantes en élevage équin. Elles donnent des clefs pour utiliser le cheval par l’homme de manière plus douce, sécuritaire et efficace.


Plusieurs études scientifiques financées par les Haras nationaux et l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) remettent en cause certaines pratiques d’élevage dans la filière équine. Ainsi plutôt que de chercher absolument à s’occuper du poulain, même de force, autant s’occuper de la mère. La mère apparaît effectivement comme un bon médiateur de la relation à l’homme (1). Des poulains dont les mères ont été brossées un quart d’heure par jour, durant les cinq jours suivant la naissance, sont plus proches de l’homme et cela même après plusieurs mois. Par ailleurs, le fait de pratiquer des soins (mettre un licol, curer les pieds, marche en main, etc.) d’abord à la mère devant le poulain pour les effectuer ensuite au jeune facilite grandement l’apprentissage de ce dernier (2).

Utiliser la mère pour les apprentissages

Des conclusions qui ne sont pas sans rappeler certaines anciennes pratiques agricoles comme effectuer les travaux des champs avec la jument accompagnée de son poulain, ou encore celle de tirer un attelage, le poulain attaché à côté de la mère (pas de traction). Une autre étude montre l’importance d’intégrer des chevaux adultes dans les lots de poulains sevrés (3). Les comportements agressifs et aberrants (téter son voisin, ronger les poteaux de clôture, etc.) des jeunes diminuent avec la présence de ces quelques adultes dans le groupe. Par la suite, les poulains, moins stressés, sont plus facilement accessibles à l’homme et cela d’autant plus qu’ils sont dans des « environnements enrichis » comme le pré. Les chercheurs ont mis en avant une diminution du risque d’accidents et de blessures pour l’homme par la suite, sachant que la Mutualité sociale agricole a observé que la filière équine est la plus accidentogène des filières agricoles.

Utiliser les récompenses alimentaires

Autre élément intéressant à noter dans les apprentissages du jeune cheval : l’importance de la récompense alimentaire. Une étude montre ainsi que les apprentissages sont plus rapides et plus pérennes dans le temps en utilisant une récompense alimentaire, plutôt que des caresses (gratter le garrot) (4). Une dernière étude montre également que plus le poulain reste proche de sa mère, réalisant de nombreuses tétées (non nutritives), vers l’âge de trois mois, plus il sera émotif par la suite (5). Une information cruciale pour son utilisation plus tard par l’homme.

Ainsi, toutes ces études éthologiques montrent que plus l’homme respecte les conditions de vie du cheval (vie sociale, extérieur, respect du lien mère-jeune, etc.), plus il sera facilement utilisable plus tard par ce dernier.

Le fait de pratiquer des soins d’abord à la mère, devant le poulain, pour les effectuer ensuite au jeune facilite grandement ses apprentissages

1 : « La mère comme médiateur de la relation à l’homme » de M. Hausberger et al., février 2003 (29e journée de la recherche équine)
2 : « La mère peut-elle faciliter l’éducation du poulain ? » de C. Sankey et al., mars 2007 (33e journée de la recherche équine)
3 : « Utilisation des influences sociales autour du sevrage » de S. Henry et al., mars 2006 (32e journée de la recherche équine)
4 : « Aliment ou grattage, quelle récompense pour le cheval ? » de C. Sankey et al., février 2011 (37e journée de la recherche équine)
5 : « Peut-on prédire la personnalité du poulain ? » de S. Henry et M. Hausberger, mars 2017 (43e journée de la recherche équine)

Les soins aux poulains nouveau-nés détériorent la relation avec l’homme

Les premiers soins au poulain nouveau-né (vaccination, aide à la tétée, etc.) effectués par l’homme jouent négativement et de manière durable sur la relation homme-cheval, selon une étude de Séverine Henry (et al.) de l’UMR CNRS 6 552 EthoS « éthologie animale et humaine » de 2010. Dans l’étude, certains poulains ont été manipulés avec la méthode d’imprégnation du vétérinaire américain R. Miller, d’autres ont simplement reçu une assistance lors de la première tétée et les derniers n’ont subi aucune intervention. « Nos résultats indiquent que les poulains manipulés à la naissance sont non seulement plus réticents à aller au contact de l’homme par la suite, mais qu’ils sont plus dépendants de leur mère, ce qui conduit à plus long terme à davantage d’émotivité, moins de compétences sociales et plus d’agressivité envers les autres jeunes », observent les chercheurs. Ces derniers concluent qu’en l’absence de risque majeur, « ces interventions autour de la naissance sont souvent inutiles ».

ED



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