À Réveillon, dans l’Orne, un jardin semble avoir trouvé son propre rythme. On y avance sous les arbres, entre les senteurs, les recoins et les souvenirs rapportés du Sud-Ouest. Sa créatrice y travaille sans regarder l’heure, portée par la lumière, les saisons et les signes discrets de la nature.
À 82 ans, cette jardinière transforme encore chaque journée en promenade attentive. Derrière cet écrin arboré, il y a surtout une manière très personnelle de cultiver l’espace, sans suivre les règles toutes faites.
Un jardin du Perche façonné pendant cinquante ans
Jacqueline Labescat, que ses proches appellent Jackie, entretient le jardin de la Bourdonnière depuis près de cinquante ans. Elle s’y est installée en 1976, à 32 ans, dans une ancienne ferme de Réveillon, après avoir vécu à Paris avec son mari.
Originaire de Capbreton, dans les Landes, elle a conservé un attachement profond aux paysages boisés de son enfance. Elle a grandi près des forêts de pins et ne conçoit pas un jardin sans arbres. Cette préférence explique l’atmosphère singulière du lieu, conçu d’abord pour la marche et la sensation d’espace.
Au départ, le terrain ne comptait qu’un unique poirier, déjà âgé de 140 ans. Jackie a ensuite composé son décor végétal de ses mains, avec patience et expérience. Les arbres y occupent la première place, bien avant les lignes rigides ou les perspectives trop dessinées.
Elle ne porte ni montre ni téléphone portable lorsqu’elle jardine. Son repère est plus vivant : quand son chat vient la chercher, elle sait qu’il est probablement midi et qu’il réclame son repas. Cette attention au vivant guide aussi toute l’organisation de son jardin.
Cette liberté n’a pourtant rien d’improvisé. Le paysage boisé repose sur une vraie connaissance des végétaux et sur une observation quotidienne. C’est ce mélange qui donne au jardin de la Bourdonnière son caractère si personnel.
Le secret de ce paradis arboré : laisser les arbres raconter une histoire
Le cœur du jardin de Jacqueline Labescat se trouve dans sa collection d’arbres. Des pins rappellent immédiatement les Landes et la région de Capbreton. Ils voisinent avec trois bouleaux, un séquoia majestueux installé au fond de la propriété, ainsi qu’un cerisier offert autrefois par M. Louveau, un voisin.
Chaque plantation a donc une fonction paysagère ou affective. Le jardin ne cherche pas à imiter un modèle de jardin à la française. Il invite plutôt à déambuler, à s’arrêter sous une ramure, puis à découvrir un banc, une bordure ou un passage plus intime.
À l’est, les arbres créent un espace favorable à la promenade. Quand le soleil devient plus bas et moins écrasant, les écureuils peuvent traverser le jardin. Les oiseaux s’y font entendre, tandis que deux crapauds ont aussi trouvé refuge sur place.
À l’ouest de la maison, l’ambiance change. Le jardin devient plus resserré et se divise en petits espaces successifs. Un muret, réalisé à la main sans béton, ouvre le chemin vers une roseraie, un ancien poulailler rouge et plusieurs scènes plus confidentielles.
Le véritable principe du lieu est simple : un jardin gagne en présence lorsqu’il mêle arbres, usages et souvenirs. Le sable au sol près du poulailler évoque les Landes. L’oxalis qui y pousse çà et là n’a pas été chassé. Il fait désormais partie du décor. Mais un jardin vivant demande aussi de savoir s’adapter aux années difficiles.
Créer un jardin de promenade inspiré de la Bourdonnière
Pour recréer cet esprit chez vous, commencez par penser le jardin comme un parcours plutôt que comme une succession de massifs. L’objectif n’est pas de remplir chaque mètre carré. Il s’agit de ménager des vues, des zones d’ombre et des haltes qui donnent envie de ralentir.
- Observez les arbres déjà présents. Un vieil arbre peut devenir le point de départ du projet, comme le poirier ancien de la Bourdonnière. Préservez sa zone racinaire et installez les plantations nouvelles à distance raisonnable.
- Plantez une structure durable. Choisissez des arbres adaptés à votre terrain et à l’espace disponible. Les pins apportent une silhouette persistante. Les bouleaux donnent de la légèreté. Un cerisier ajoute une floraison saisonnière, tandis qu’un séquoia exige une place considérable pour s’épanouir.
- Créez des passages souples. Préférez une circulation qui contourne les plantations et révèle le jardin progressivement. Une allée peut relier une table, un potager, une roseraie ou un coin repos sans tout dévoiler dès l’entrée.
- Installez des recoins pour vous asseoir. Jackie apprécie particulièrement la fin de journée, lorsque le corps est fatigué mais que le travail accompli procure une satisfaction concrète. Un simple siège sous un arbre suffit à transformer la visite du jardin.
- Ajoutez un potager nourricier. À la Bourdonnière, le potager se trouve derrière un bâtiment dont les pierres remontent au XIIe siècle. Il associe légumes, fruits et aromatiques pour une production à consommer au quotidien.
- Accueillez la biodiversité. La bourrache a été plantée pour les abeilles. Laissez aussi des zones tranquilles, un point d’eau si votre terrain le permet et des abris naturels pour les oiseaux, insectes et amphibiens.
La réussite tient moins à la perfection qu’à la régularité. Jacqueline Labescat passe plusieurs heures chaque matin parmi ses plantes, parfois jusqu’à la tombée de la nuit. Cette présence permet de voir vite ce qui change, ce qui souffre et ce qui prospère.
Un potager de 1 500 variétés, entre santé et plaisir de table
Le jardin de la Bourdonnière ne se limite pas aux arbres. Jackie y a aussi développé un potager particulièrement complet, nourri par de nombreuses lectures. Elle y a puisé des savoirs pour cultiver des plantes aromatiques et composer une alimentation qu’elle associe à la santé.
Le jardin rassemble 1 500 variétés de plantes. Une telle diversité demande une attention quotidienne, même si la propriétaire refuse de parler de travail. Pour elle, le jardinage reste avant tout une passion et le plaisir de faire quelque chose qui a du sens.
- Le basilic accompagne les plats d’été et les récoltes de tomates.
- Les aubergines et les haricots enrichissent le potager de légumes estivaux.
- Les melons apportent une note fruitée à la belle saison.
- Les pieds de tomates constituent l’une des productions emblématiques du lieu.
- Les figuiers doivent bientôt offrir des fruits riches en sucres.
- Les amarantes donnent de la couleur et se dégustent crues chez Jackie.
- La bourrache soutient la présence des abeilles dans le jardin.
Chaque midi, elle mange dehors, à une table de jardin, en profitant de cette production. Cette proximité entre culture et cuisine donne une fonction très concrète au potager. Les visiteurs qui le traversent repartent d’ailleurs souvent avec des idées de recettes.
Pour s’inspirer de cette approche, associez légumes, aromatiques et fleurs utiles. Le basilic près des tomates, les fleurs mellifères et quelques arbres fruitiers permettent de créer un espace à la fois nourricier, décoratif et accueillant pour les pollinisateurs.
Canicule et manque d’eau : les signaux à ne pas ignorer
Le manque d’eau constitue aujourd’hui la principale inquiétude de Jackie. Pour la première fois, elle observe des branches qui tombent de ses arbres. Elle prévoit de les élaguer, alors qu’elle ne réalise habituellement pas cette opération à cette période de l’année.
Son arbousier, situé à l’est du jardin, perd aussi ses feuilles comme en automne. Face à ce dessèchement, elle prévoit de retirer les parties brûlées et de l’arroser abondamment afin de favoriser son redémarrage.
La roseraie a elle aussi souffert des coups de chaud, même si elle conserve ses parfums. Jacqueline Labescat compte planter davantage de dahlias, qu’elle considère comme mieux adaptés aux épisodes de canicule. Ce choix rappelle qu’un jardin évolue avec le climat, les pertes et les nouvelles observations.
Ne taillez pas sans examiner l’état réel du végétal. Une branche sèche, une feuille brûlée ou une chute prématurée du feuillage sont des alertes. L’arrosage doit viser le sol et les racines, tandis que les parties réellement desséchées peuvent être supprimées avec un outil propre.
Visiter le jardin de la Bourdonnière à Réveillon
Jacqueline Labescat ouvre son jardin aux visiteurs chaque vendredi et samedi après-midi. Ces rencontres attirent notamment des touristes de passage dans le Perche, mais aussi des personnes curieuses d’échanger avec une jardinière qui cultive son lieu depuis des décennies.
Le jardin de la Bourdonnière se situe à Réveillon, dans l’Orne. Pour préparer une visite, vous pouvez joindre le 09 61 34 43 90, écrire à [email protected] ou consulter le site bourdonniere.free.fr.
Dans ce jardin, la leçon la plus précieuse tient peut-être dans cette attention quotidienne : planter ce qui vous ressemble, observer sans relâche, puis laisser le temps donner au paysage toute sa profondeur.

