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Vendredi 06 octobre 2017

UE/Mercosur : les produits sensibles au cœur de la bataille


L’inclusion par les négociateurs de la Commission européenne de la viande bovine et de l’éthanol dans l’offre d’accès au marché présentée au Mercosur est considérée pour le moins prématurée par plusieurs États membres de l’UE, alors que d’autres estiment que le moment était venu de faire une telle proposition. Les organisations professionnelles la jugent incompréhensible.


Un tir de barrage a accompagné dans l’UE le 4e cycle de pourparlers de libre-échange avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), du 2 au 6 octobre à Brasilia. Les négociateurs de la Commission européenne ont en effet rajouté, dans leur offre révisée d’accès au marché (voir encadré), deux produits sensibles, sous la forme de contingents tarifaires d’importation pour 70 000 tonnes de viande bovine et 600 000 t d’éthanol. Une proposition au demeurant jugée tout-à-fait insuffisante par leurs interlocuteurs.

Onze États membres de l’UE – Autriche, Belgique, France, Hongrie, Irlande, Lituanie, Luxembourg, Pologne, Roumanie, Slovénie, Slovaquie – avaient fait savoir, dans une note commune, qu’ils jugeaient « prématuré » d’« inclure des quotas (d’importation) pour les produits agricoles les plus sensibles », estimant que « deux conditions préalables doivent être remplies » avant de présenter une offre dans ces secteurs aux partenaires sud-américains (1).

La France réitérera cette prise de position lors du Conseil agricole des Vingt-huit, avec le soutien des mêmes signataires, sauf la Belgique et la Lituanie.

À l’inverse, huit autres – Allemagne, République tchèque, Danemark, Italie, Portugal, Espagne, Suède, Royaume-Uni – ont affirmé, dans une note commune également, que « reporter l’inclusion de quotas pour certains produits sensibles (bœuf et éthanol) dans l’offre enverrait un message très négatif en ce qui concerne l’importance que l’UE attache à ces négociations ».

« La filière bovine à l’abattoir »

Professionnels et députés européens sont montés au créneau contre la proposition de la Commission. C’est le cas notamment du président du groupe de travail viande bovine du Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE), Jean-Pierre Fleury, qui juge « incompréhensible que la Commission inclue le bœuf dans l’offre au Mercosur alors que les enquêtes dans le scandale de la viande brésilienne n’ont pas été conclues » (voir encadré). Selon lui, le contingent de 70 000 t « équivaut à 1,7 million de vaches allaitantes dans l’UE ».

En Irlande, une manifestation d’éleveurs s’est déroulée le 4 octobre devant les bureaux de la représentation de la Commission européenne à Dublin.

Au Parlement européen, les députés français Michel Dantin et Angélique Delahaye (groupe PPE) déplorent que la Commission ait « perdu tout sens des réalités dans son obsession de sécuriser un accord avec le Mercosur », tandis que leur compatriote Éric Andrieu (groupe socialiste) assure que l’exécutif de l’UE « envoie la filière bovine à l’abattoir ».

En France, où se tenait justement le Sommet de l’élevage, du 4 au 6 octobre à Clermont-Ferrand, les organisations agricoles nationales ont alerté le président de la République. « Les pays du Mercosur ont déjà trop d’accès au marché européen, et représentent les trois quarts de toutes les importations de bovins de l’UE avec 246 000 t (équivalent poids-carcasse) chaque année, alors que la production européenne diminue », ont-elles rappelé.

Préoccupations pour l’éthanol et la volaille aussi

Les producteurs européens d’éthanol renouvelable, représentés par l’association ePURE, soulignent, pour leur part, qu’ouvrir les marchés aux importations en provenance du Brésil aurait non seulement un impact très négatif sur les agriculteurs de l’UE, mais irait aussi « à l’encontre de sa politique climatique et énergétique ».

Quant aux industriels européens de la transformation de la volaille (AVEC), ils font valoir que la filière « ne peut accepter des quotas supplémentaires d’importations, alors que près de 25 % des filets de poulet consommés en Europe proviennent déjà de pays tiers ». Ils rappellent également « le scandale sanitaire » qui a touché l’industrie brésilienne de la viande en mars 2017.

(1) Voir n° 3612 du 02/10/17

Viande bovine et éthanol

Les nouveaux contingents tarifaires d’importation proposés par la Commission européenne au profit du Mercosur, qui seraient mis en œuvre graduellement sur six ans, s’élèvent pour la viande bovine à 70 000 tonnes (équivalent poids-carcasse) au droit de 7,5 %, dont 35 000 t de viande fraîche (partagées entre le Hilton beef et la viande de jeunes bœufs élevés en pâturage) et 35 000 t de viande congelée (partagées entre utilisations industrielles et autres fins), et, pour l’éthanol, à 600 000 t, dont 400 000 t pour l’industrie chimique au droit de 3,40 €/hl et 200 000 t pour les biocarburants au droit de 6,40 €/hl.

Les contingents pour les autres produits sensibles sont ceux déjà offerts au Mercosur en avril 2016 : volaille 78 000 t (au droit de 7,5 %) ; porc 12 250 t (83 €/t) ; viande ovine 2 000 t (6,4 %+1 559 €/t) ; ail 10 000 t (4,8 %) ; maïs/sorgho 700 000 t (6 €/t) ; blé : 200 000 t (6 €/t) ; riz 40 000 t (15 €/t) ; poudre de lait 13 000 t (251 €/t) ; beurre 4 000 t (284 €/t) ; fromage 20 000 t (226 €/t).

Brésil : un inquiétant rapport d’audit

Des lacunes persistantes dans les contrôles des viandes destinées à l’exportation vers l’UE ont été constatées par une mission effectuée du 2 au 12 mai au Brésil par l’Office alimentaire et vétérinaire européen (OAV) à la suite du scandale sanitaire qui a éclaté dans ce pays en mars 2017. Selon les conclusions de cet audit, publié le 27 septembre, le système de contrôles brésilien pour la viande bovine, de cheval et de volaille et les produits dérivés devant être exportés dans l’Union a, « tel qu’il est conçu, la capacité de fournir les garanties nécessaires. Toutefois, les défaillances détectées au cours de l’audit démontrent que, pour tous ces secteurs à l’exclusion de la viande bovine, le système n’est pas complètement ou effectivement mis en œuvre, ce qui compromet la fiabilité de la certification à l’exportation ».

« Il est particulièrement inquiétant que la plupart des lacunes constatées au cours de cet audit faisaient l’objet de recommandations de précédents audits de la direction générale de la santé de la Commission », insistent les auteurs du rapport. « Les autorités brésiliennes compétentes avaient fourni des garanties écrites que les questions soulevées par ces précédentes recommandations avaient été traitées. Cependant, les résultats de l’audit démontrent que ces garanties n’étaient pas fiables sur certaines exigences clefs de l’UE ».

FXS



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