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Vendredi 13 octobre 2017

UE/Mercosur : l’offre européenne pour les produits sensibles censée permettre d’« avancer dans les négociations »


Plusieurs États membres sont revenus à la charge après l’ajout de la viande bovine et de l’éthanol à l’offre européenne dans le cadre des pourparlers de libre-échange avec le Mercosur. Une offre sans laquelle, selon la Commission de Bruxelles, il n’aurait pas été possible d’avancer dans ces discussions, mais qui est jugée insuffisante par le bloc sud-américain. Le président français Emmanuel Macron veut « réactualiser » le mandat confié à l’exécutif de l’UE.


La France, soutenue par huit autres États membres (Autriche, Hongrie, Irlande, Luxembourg, Pologne, Roumanie, Slovénie, Slovaquie) a de nouveau dénoncé, lors du Conseil agricole de l’UE le 9 octobre à Luxembourg, le caractère « prématuré » de l’offre de contingents tarifaires d’importation faite au Mercosur pour les « produits les plus sensibles » sans que des « conditions préalables » aient été remplies (1). Le bœuf (70 000 tonnes) et l’éthanol (600 000 t) avaient été ajoutés dans la liste par les négociateurs de la Commission européenne lors de la 4e session de pourparlers de libre-échange avec le bloc sud-américain, tenue à Brasilia (2).

« Nous ne pouvions pas avancer dans les négociations » avec ces pays (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) « sans une offre crédible » sur ces deux produits, a répondu Phil Hogan. Une offre qui, au demeurant, les a « déçus », a précisé le commissaire européen, tout en soulignant que les exportations de viande bovine du Mercosur (230 000 t) représentent déjà 75 % du total des importations de l’UE et que la situation au Brésil « suite au scandale » sanitaire dévoilé en mars reste « inquiétante » (3).

Un accord commercial « apportera des gains importants non seulement aux secteurs industriels de l’UE mais aussi à son secteur agroalimentaire, avec un accès au marché amélioré pour des produits tels que les produits laitiers et le vin, des procédures d’exportations facilitées (mesures sanitaires et phytosanitaires, facilitation des échanges) et la protection des indications géographiques de l’Union », a assuré le commissaire à l’agriculture.

Le bloc sud-américain veut plus

À l’issue du 4e cycle de pourparlers commerciaux avec le Mercosur, les négociateurs européens restaient « optimistes » quant à la possibilité de réduire les divergences et boucler un accord de principe d’ici la fin de l’année. De son côté, le ministre brésilien des affaires étrangères, Aloysio Nunes Ferreira, a affirmé son « ferme engagement » avec ses homologues du bloc sud-américain pour parvenir à un compromis dans les délais fixés, avertissant toutefois, selon les médias locaux, que celui-ci serait retardé « sans une meilleure offre de l’UE » pour le bœuf et de l’éthanol. Au démarrage des négociations, en 2004, les contingents proposés pour ces deux produits étaient respectivement de 100 000 t et 1 Mt.

Le Brésil a averti qu’il ne présenterait pas de nouvelle offre tant qu’une meilleure proposition de l’UE sur la viande bovine et l’éthanol ne sera pas sur la table. La partie européenne juge, pour sa part, l’offre révisée du Mercosur insuffisante en ce qui concerne l’accès aux marchés publics.

La France souhaite « réactualiser » le mandat de Bruxelles

Emmanuel Macron a annoncé le 11 octobre qu’il souhaite « réactualiser » le mandat confié à la Commission européenne pour les pourparlers avec le Mercosur.

« Je ne suis pas favorable à ce que nous nous précipitions pour négocier un accord avec un mandat de négociation donné en 1999 », a précisé le président français qui a l’intention d’évoquer le sujet lors du sommet européen des 19 et 20 octobre.

« Je sais toute l’inquiétude que le Ceta (accord de libre-échange entre l’UE et le Canada) ou le Mercosur peuvent nourrir dans la population, chez certaines associations, chez certains producteurs », a également souligné le chef de l’État, indiquant que « ces accords commerciaux soulèvent des enjeux lourds, tant pour la protection du consommateur que pour la protection des producteurs ».

(1) Voir n° 3612 du 02/10/17

(2) et (3) Voir n° 3613 du 09/10/17

Viande bovine : sombre constat en Europe

« Faible revenu » et « difficultés financières » des éleveurs spécialisés de l’UE, « forte dépendance au soutien de la Pac », « sensible déclin de la consommation », « sérieuses préoccupations liées au Brexit et à l’impact d’éventuels futurs accords de libre-échange » : tel est le constat dressé le 3 octobre, pour le bœuf, par l’Observatoire européen du marché de la viande, selon le rapport de cette réunion établi par la Commission de Bruxelles.

Celle-ci a par ailleurs annoncé le 10 octobre de « bonnes nouvelles » aux éleveurs de l’UE, avec l’ouverture de Taïwan à la viande bovine néerlandaise et suédoise et du Japon à celle originaire de l’Autriche. Des marchés qui avaient été fermés à la suite de la crise de l’ESB dans les années 90. Il s’agit là, selon elle, d’un « signal important et positif » envoyé aux autres pays asiatiques pour qu’ils « mettent leurs conditions à l’importation en ligne avec les normes internationales et autorisent le bœuf de l’UE sur leurs marchés ».

La prochaine session de l’Observatoire européen du marché de la viande est prévue le 6 mars 2018.

FXS



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