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Lundi 17 octobre 2011 | coexistence

Portugal : un remembrement OGM pour respecter les règles de coexistence


Montrer comment le Portugal a mis en place des règles de coexistence entre maïs OGM et conventionnels, tel était le sujet du voyage de presse organisé par EuropaBio, lobby européen des biotechnologies, du 5 au 7 octobre. Ainsi, au Portugal depuis 2005, le décret 160/2005 définit les conditions de cultures du maïs OGM Bt, résistant aux pyrales et sésamies, deux insectes foreurs parasites du maïs. Différentes options d’isolement des champs OGM sont proposées aux agriculteurs portugais, amenant certains d’entre eux à constituer des zones de production. Ceci afin de mutualiser les contraintes liées à la culture de maïs Bt.


«Dans la vallée de Mondego, une des zones les plus fertiles du Portugal, les petites exploitations sont nombreuses », expliquait, sur son exploitation de 130 hectares en monoculture de maïs, João Grilo, le 6 octobre dernier. En effet, à l’exception de cet agriculteur, la plupart des exploitations de la vallée ne travaillent que sur 1 à 2 hectares. Un paysage agricole morcelé qui ne facilite pas la mise en place des règles de coexistence des cultures OGM avec des variétés conventionnelles. En effet, la culture d’OGM au Portugal implique la création de zones tampons autour des parcelles et de zones refuges pour les ravageurs.

Une panoplie de mesures pour permettre la coexistence OGM/non OGM
Les règles régissant la culture de maïs Bt au Portugal sont fixes pour certaines, et “à la carte” pour d’autres. Ainsi, si un agriculteur portugais souhaite cultiver des OGM, il doit impérativement le déclarer à ses voisins, quelles ques soient les cultures adjacentes, ainsi qu’au ministère de l’Agriculture. Il doit aussi, obligatoirement, sur la totalité de ses surfaces en maïs Bt, réserver 20% aux cultures de maïs conventionnel afin de constituer des zones refuges pour les ravageurs. « Un moyen de contrôler l’apparition de résistances », d’après Paula Cruz de Carvalho, une représentante du ministère portugais de l’Agriculture. Pour la mise en place de zones tampons, entre parcelles conventionnelles et OGM, plusieurs méthodes sont proposées. Soit les parcelles voisines non OGM sont à plus de 200 mètres, 300 mètres pour des cultures biologiques, soit il faut mettre en place une bande de 24 rangs de maïs conventionnel autour de la production OGM. Ces dernières mesures sont parfois difficiles à mettre en place, particulièrement sur de petites parcelles morcelées. D’autres mesures sont envisageables, tel le décalage des dates de semis ou des variétés afin que les floraisons n’interviennent pas au même moment entre les cultures OGM et les voisines conventionnelles.

Des zones de production OGM pour faciliter l’application des règles
L’un des problèmes des règles régissant la coexistence des OGM avec les variétés conventionnelles est la mise en place des mesures d’isolation, ou zones tampons. En effet, lorsque les parcelles sont petites, morcelées, mais proches, l’obligation de mettre en place les 24 rangs de maïs conventionnel peut rendre difficile la conduite de la culture et minimiser l’intérêt du recours aux biotechnologies pour les agriculteurs. « Sur une parcelle de 2,2 hectares de maïs, la mise en place d’une zone tampon de 24 rangs en maïs conventionnel, qui peut constituer la zone refuge si elle représente 20% de la surface, occupe 49,25% de la parcelle », a illustré João Grilo. Un aspect qui pourrait décourager de nombreux agriculteurs à mettre en place les maïs OGM. Pour remédier à cette situation, la réglementation portugaise a prévu la constitution de zones de production. Elles consistent en la mutualisation des mesures de coexistence des OGM sur la périphérie de plusieurs parcelles adjacentes. Ainsi, l’exploitation de João Grilo fait partie de la plus grande de ces zones dédiées aux OGM au Portugal et se trouve en son centre. Actuellement, ces zones se multiplient au Portugal et ont tendance à grandir, voire à se rejoindre. En conclusion, João Grilo a expliqué que grâce à ces zones dédiées aux maïs OGM, « tous les agriculteurs ne sont pas obligés de mettre en place les 20% de zones refuges et peuvent les mutualiser. De plus, les mesures d’isolation ne concernent plus que les bordures de la zone et les déclarations de production d’OGM envers les voisins ou l’Etat sont faites au nom du groupe de producteurs ». Ainsi, les contraintes sont mutualisées, ce qui ne freine pas l’accès aux biotechnologies pour les agriculteurs ayant de petites surfaces.
(FG)