Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 27 janvier 2017

Les moyens de protection peinent à limiter la fréquence des attaques de loups


Face aux attaques de loups, les moyens de protection sont plus ou moins efficaces en fonction du contexte paysager, de la population de loups et de l’expérience de l’éleveur. Une étude menée par TerrOïko pour le ministère de l’Agriculture fait le point.


« L’évaluation statistique révèle que les moyens de protection peinent à limiter la fréquence des attaques et que celle-ci est surtout influencée par le contexte paysager et de pression de prédation du loup », constate une étude effectuée par TerrOïko pour le compte du ministère de l’Agriculture. Rendue publique le 19 janvier, elle porte sur l’« Évaluation 2009-2014 de l’efficacité des moyens de protection des troupeaux domestiques » et se base sur des entretiens et des analyses statistiques. D’après l’étude, « les conditions pour lesquelles la protection réussit à limiter la fréquence des attaques en zone de présence historique du loup sont les suivantes : une combinaison d’au minimum trois moyens de protection, des éleveurs expérimentés et des montagnes en estives ouvertes peu accidentées ». L’étude montre également que plus l’éleveur a d’« expérience », plus les pratiques de protection sont efficaces. Par « expérience », il s’agit également d’expérience d’employeur dans le cas de gardiennage par un berger au travers de la fidélisation des bergers, le rapport hiérarchique ou la gestion administrative.

L’expertise de l’éleveur

Du côté de l’utilisation des chiens de protection, les éleveurs « précisaient qu’il leur avait fallu cinq ans pour réussir à atteindre leur niveau » d’efficacité actuelle. D’après l’étude, il faut environ deux ans pour construire une meute de chien « qui travaillent bien ensemble » et plusieurs mois pour que le troupeau d’ovins s’habitue aux chiens. Par ailleurs, le contexte paysager influence le niveau d’attaque et donc de protection. En effet, les éleveurs expliquent qu’ils « ont du mal à mettre en place certains moyens de protection du fait d’une contrainte environnementale particulière ». Certains éleveurs ont souligné « la difficulté à fidéliser des bergers suffisamment expérimentés et en bonne condition physique pour assurer une garde efficace dans les milieux accidentés ». Ainsi, « les moyens de protection sont plus efficaces au sein des milieux d’alpages qu’au sein des milieux intermédiaires », rapporte TerrOïko. La protection semble donc « plus efficace pour les éleveurs montagnards transhumants qui font pâturer leurs troupeaux sur des estives faciles d’accès et en milieu ouvert que pour les éleveurs sédentaires préalpins ou méditerranéens ».

Attaques de jour et attaques de nuit

Le fait que les statistiques montrent que les moyens de protection peinent à limiter la fréquence des attaques « fait écho au ressenti des éleveurs selon lequel ils n’arrivent pas à éviter les attaques, surtout celles de jour », note TerrOïko. « Les attaques de jour diffèrent des attaques de nuit car elles correspondent à une attaque isolée d’un loup, chassant généralement à l’affût en zone embroussaillée ou boisée. Elles conduisent généralement à la perte d’un seul ovin. Les attaques de nuit sont coordonnées et peuvent conduire à de fortes pertes. Or, les attaques de jour sont de plus en plus fréquentes en zones de présence historique de loups. Cela pourrait expliquer pourquoi la protection perd de sa capacité à limiter le nombre d’attaques dans ces contextes tout en conservant une bonne efficacité à limiter les pertes », constate l’étude. Elle précise cependant que l’hypothèse n’a pas pu être vérifiée.

Un gradient de niveau de protection

Le niveau de protection des troupeaux face aux attaques de loups se dégrade donc « selon un gradient de contexte qui part des alpages du nord des Alpes jusqu’aux zones intermédiaires du sud des Alpes », souligne TerrOïko. Il estime que la situation va continuer à évoluer avec « la modification de la gestion des forêts et des estives vers la fermeture des milieux », le « rapprochement progressif du loup autour de l’Homme et de ses habitations », « la migration des loups des alpages vers les vallées » et l’« habituation du loup aux moyens de protection et leur contournement ». De plus, l’expansion géographique du loup vers l’Ouest, notamment vers le Massif Central, « conduit à protéger des troupeaux dans de nouveaux contextes paysagers et pastoraux », avec une nécessaire adaptation de la part des éleveurs.

Créer un observatoire de l’efficacité des moyens de protection face au loup

Créer « un observatoire de l’efficacité des moyens de protection » face au loup est l’une des conclusions de l’étude portant sur l’« Évaluation 2009-2014 de l’efficacité des moyens de protection des troupeaux domestiques », menée par TerrOïko pour le compte du Ministère de l’Agriculture et rendue publique le 19 janvier. En effet, les éleveurs n’adaptent pas forcément leur système de protection au contexte paysager. L’observatoire permettrait donc de mieux les accompagner, d’autant plus que le loup est amené à s’installer dans d’autres régions de France. « Un besoin de formation ou d’accès à des retours d’expérience est une piste à prendre en compte dans l’accompagnement technique des éleveurs », souligne l’étude, ce que permettrait l’observatoire. Pour autant, TerrOïko alerte sur la nécessité d’« améliorer la collecte des données sur le niveau d’exposition des troupeaux en lien avec les moyens de protection déployés et la pression de prédation du loup ».

ED



Téléchargement