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Vendredi 07 octobre 2016

La surmortalité par suicide chez les agriculteurs se confirme, surtout chez les éleveurs


La surmortalité par suicide chez les agriculteurs semble se confirmer selon les données 2010 et 2011, publiées le 5 octobre par Santé Publique France (ex-InVS). L’organisme reste prudent sur les causes de ce phénomène, mais la fragilité des éleveurs particulièrement observable pendant la crise économique donne cependant des pistes.


Suite au premier rapport publié en 2013 par l’Institut national de veille sanitaire (InVS) et la MSA, sur la mortalité des agriculteurs par suicide entre 2007 et 2009, les deux organismes, qui ont poursuivi leur collaboration, publient le 5 octobre de nouvelles données concernant le suicide chez les agriculteurs en 2010 et 2011. 296 morts par suicide ont été recensés sur ces deux années : 138 en 2010 et 115 en 2011 chez les hommes, 28 et 15 chez les femmes. Le suicide a ainsi représenté 14 % de l’ensemble des décès des agriculteurs, et 7 % de l’ensemble des décès des agricultrices.

Plus de suicides chez les agriculteurs âgés et chez les éleveurs

« En 2010, un excès statistiquement significatif de décès par suicide a été observé chez les hommes (agriculteurs, NDLR) par rapport à la population générale (+20 %) », indique le rapport de Santé Publique France. Cette surmortalité par suicide est particulièrement observable chez les 45-54 ans (+30 %). En 2011, le taux de suicide chez les agriculteurs n’était par contre pas plus élevé que la moyenne nationale. Pourtant, en analysant plus finement les statistiques, Santé Publique France constate là encore, « une surmortalité significative chez les individus âgés de 45 à 54 ans » (+31 %). Ces données viennent confirmer les résultats observés dans le premier rapport diffusé en 2013. Il mettait en évidence une surmortalité par suicide chez les agriculteurs de 28 % en 2008 et 22 % en 2009. De même, l’excès de mortalité par suicide chez les agriculteurs les plus âgés avait déjà été observé (+31 % en 2008 pour les 45-54 ans, +47 % en 2008 et +64 % en 2009 pour les 55-64 ans).

Santé Publique France a observé « qu’en 2010, chez les hommes, l’élevage bovins-lait présentait une surmortalité par suicide de 52 % ». Un constat que l’organisme avait déjà établi dans son premier rapport, relevant une surmortalité par suicide pour cette catégorie d’agriculteurs de 56 % en 2008 et 47 % en 2009. Si les données 2010 et 2011 ne semblent pas révéler d’excès de mortalité par suicide chez les éleveurs bovins-viande, il faut cependant garder en mémoire les relevés précédents : +127 % en 2008 et +57 % en 2009.

Les difficultés économiques comme piste d’explication ?

Le rapport remarque que « l’excès de mortalité observé coïncide avec la temporalité des contraintes financières liées à la crise économique ». La surmortalité constatée en 2008 et 2009 « était intervenue dans un contexte de fortes contraintes financières subies par le monde agricole », indique le rapport, qui rappelle que le revenu net branche agricole (RNBA) avait chuté de 26 % entre 2007 et 2008 et de 34,3 % entre 2008 et 2009. De même, Santé Publique France a constaté que « le plus grand nombre de suicides dans le secteur de l’élevage bovins-lait en 2010 a été observé durant les mois où les prix du lait étaient les plus bas ». Malgré ce faisceau d’indices, les auteurs du rapport restent prudents en indiquant qu’on ne peut « établir de lien direct entre le suicide et la situation économique ».

D’autres facteurs liés aux conditions de travail et de vie des agriculteurs doivent être pris en compte : « fortes contraintes physiques, larges amplitudes horaires, pression économique importante […], contraintes environnementales et climatiques, événements sanitaires ». S’ils estiment que « toutes ces contraintes professionnelles peuvent avoir des répercussions indéniables sur l’équilibre personnel des travailleurs agricoles », les auteurs du rapport restent encore une fois très précautionneux, modérant leur propos en indiquant qu’« il n’est pas possible de mettre en évidence des liens de causalité entre l’activité professionnelle et la mortalité par suicide ».

Des chiffres sans doute sous-estimés

Selon les auteurs, la mortalité par suicide « a été probablement sous-estimée par rapport à la réalité ». D’abord, parce qu’ont été « exclus du champ d’analyse, les agriculteurs qui décéderaient dans l’année suivant leur départ d’une exploitation agricole ». Ensuite parce que la sous-estimation de mortalité par suicide est en général évaluée à 9 %, indique le rapport, du fait de « la difficulté pour le médecin, lors de la certification du décès, » d’en déterminer la cause, accidentelle ou intentionnelle.

« Le plus grand nombre de suicides dans le secteur de l’élevage bovins-lait en 2010 a été observé durant les mois où les prix du lait étaient les plus bas »

BB



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