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Vendredi 08 septembre 2017

La France mise sur une suppression du glyphosate


La France va voter contre le renouvellement de l’autorisation du glyphosate. Le 5 septembre, Matignon a confirmé à Agra Presse cette annonce faite par le ministre d’État Nicolas Hulot une semaine auparavant. Le ministère de l’Agriculture, lui, a indiqué que Stéphane Travert ne s’exprimerait pas sur le sujet avant octobre, mois au cours duquel les États membres de l’Union européenne doivent se prononcer. Pour autant, le sort du glyphosate n’est pas encore scellé tant le vote à l’échelle européenne est incertain. En France, le coût d’une suppression de cet herbicide est considérable : 1 à 2 milliards d’euros chaque année selon les études, et les alternatives à cet herbicide sont pour l’heure insuffisantes. Face aux inquiétudes du monde agricole, les dirigeants du pays rappellent que l’engagement du président de la République est « l’élimination progressive des pesticides », mais aussi « l’accompagnement des agriculteurs ».


La France mise de nouveau sur une suppression du glyphosate. Le 5 septembre, Matignon a expliqué à Agra Presse que « Nicolas Hulot a réaffirmé la position de la France indiquée à la Commission européenne en juillet. » Le 29 août, le ministre de la Transition écologique avait affirmé lors d’un déplacement à Rennes que la France voterait contre la proposition de la Commission européenne de renouveler pour dix ans l’autorisation du glyphosate. Cette annonce avait alors suscité de vives réactions de la profession agricole (1). Lors d’une conférence de presse le 5 septembre, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert est revenue sur la façon dont a été annoncée la position de la France sur le renouvellement de l’homologation du glyphosate, demandant à l’avenir « une concertation plus étroite » entre les membres du gouvernement. « Sur un sujet délicat, il faut qu’il y ait un échange avant expression. Mon petit doigt me dit que Monsieur Hulot a répondu sans échange préalable », estime Christiane Lambert, qui demande « que le ministre de l’Agriculture puisse s’exprimer prochainement ». Contacté par Agra presse le 31 août, le ministère de l’Agriculture a affirmé que Stéphane Travert ne s’exprimerait pas sur le glyphosate avant octobre.

Un engagement du Président de la République

En octobre, les États membres sont appelés à se prononcer sur la proposition de la Commission européenne de renouveler pour dix ans l’autorisation du glyphosate (lire article suivant). Les services du Premier ministre rappellent que « la France a toujours voté contre ce renouvellement ». Par ailleurs, « tous les États membres n’ont pas fait connaître leur position », précise Matignon avant d’ajouter que « l’élimination progressive des pesticides est un engagement du président de la République. Le sujet sera traité lors des États généraux de l’alimentation. » La position française apparaît comme emblématique. Reçue par le cabinet de Nicolas Hulot le 4 septembre, Céline Imart, vice-présidente des Jeunes agriculteurs, rapporte les propos des conseillers présents au rendez-vous : « Il faut envoyer un signal », lui ont-ils expliqué.

Levée de boucliers chez les agriculteurs

La profession agricole ne décolère pas. La FNSEA est en faveur d’une ré-homologation de la molécule, mais d’une interdiction de certains co-formulants jugés dangereux. A minima, la FNSEA demande « une sortie en douceur ». « Tant qu’il n’y a pas d’alternative, pourquoi l’interdire ? », demande Christiane Lambert, qui a fait référence aux propositions de l’eurodéputé socialiste Éric Andrieu, qui plaiderait pour un accompagnement des agriculteurs notamment par de la formation. La FNSEA rapporte de nombreux appels d’agriculteurs inquiets, notamment en conservation des sols. « Les déclarations du Premier ministre et de Nicolas Hulot nous inquiètent », affirme aussi Claude Cochonneau, président de l’APCA (chambres d’agriculture). Il craint que la France ne défende pas un retrait progressif du produit et qu’elle ne cherche pas de solution alternative. La Coordination rurale a aussi exprimé dans un communiqué le 31 août son opposition à l’interdiction du glyphosate. Contactée par Agra Presse, la Confédération paysanne n’a pas souhaité communiquer. Enfin, le Modef soutient la suppression du glyphosate sous conditions : le développement d’alternatives et l’interdiction à l’échelle mondiale.

Au nom du principe de précaution

Face à cette levée de bouclier, les dirigeants du pays argumentent. Les avis scientifiques autour du danger et du risque d’exposition du glyphosate sont divisés (2). « Le cabinet de Nicolas Hulot nous a confirmé la position de la France contre le renouvellement de l’autorisation du glyphosate pour des raisons de santé publique », poursuit Céline Imart. Auditionné en commission des affaires économiques du Sénat le 18 juillet, le ministre d’État Nicolas Hulot développait : « Notre responsabilité sera, à un moment ou un autre, mise en jeu car nous avons suffisamment d’éléments pour prendre des décisions. Si le principe de précaution a été fustigé dans certains domaines, je ne pense pas que l’on y ait abusivement recouru. On se grandirait parfois à le mettre davantage en œuvre. » L’argument du principe de précaution ne sied pas à Éric Thirouin, responsable environnement de la FNSEA : « Les études françaises et européennes montrent que le glyphosate n’est pas cancérigène. » Pour Coop de France, c’est le même son de cloche : l’organisation appelle à soutenir la ré-homologation du glyphosate lors du prochain vote européen, « en cohérence avec les avis des agences indépendantes d’évaluation du risque. »

Manque d’investissements dans la recherche publique

L’argument clivant de la santé publique est la carte principale du gouvernement pour s’opposer au glyphosate. En revanche, sur les alternatives techniques, tout le monde est d’accord. Il en manque (lire l’article suivant). La faute à qui ? La faute à quoi ? Lors de son audition au Sénat en juillet, Nicolas Hulot affirmait : « Je constate également l’absence d’alternative actuelle au glyphosate. Il n’en existe pas car le sujet a été sans cesse ajourné par le passé. Il faut que l’on comprenne qu’il est nécessaire de travailler aux alternatives. » Plus question pour lui d’ajourner l’éventualité d’une suppression du glyphosate. C’est ce qu’il appelle de ses vœux : « Le sursaut plutôt que le sursis. » Sur ce point, côtés agricole et associatif, les acteurs se retrouvent. L’association France Nature environnement appelle à davantage de recherche d’alternatives. Selon Éric Thirouin de la FNSEA, « il faut investir sur des alternatives ». Le président des Chambres d’agriculture Claude Cochonneau, lui, dénonce « l’absence de recherche fondamentale publique pour trouver des solutions alternatives, et regrette que seules les firmes privées s’emparent du sujet. »

Un plan de transition agricole nécessaire

La volonté collective de développer des alternatives doit se concrétiser. « Ce que l’on demande au gouvernement, c’est de ne pas laisser les paysans dans une impasse ! », poursuit Claude Cochonneau. Car le glyphosate est aujourd’hui nécessaire pour tous les céréaliers conventionnels : « Même le sans-labour, cher à Stéphane Le Foll, ne fonctionne pas sans glyphosate », estime le président de l’APCA. France Nature environnement appelle à la mise en place « d’un plan de transition agricole ». Le message est sans doute déjà reçu. À la fin de la rencontre entre Céline Imart et l’équipe de Nicolas Hulot le 4 septembre, un autre rendez-vous a été pris « dans quelques semaines » pour faire le point sur des propositions de « mesures d’accompagnement des agriculteurs » en cas d’interdiction du glyphosate, explique-t-elle. Le 5 septembre, Matignon a également fait comprendre que l’engagement d’Emmanuel Macron sur la « suppression progressive des pesticides » inclut « l’accompagnement des agriculteurs. » Les États généraux, précise Matignon, sont l’occasion de traiter cette question de la transition agricole.

(1) Lire l’article « Glyphosate : Nicolas Hulot avance un vote de la France contre le renouvellement » dans le numéro 3607-08 du 4 septembre 2017
(2) Lire l’article « L’Agence européenne des produits chimiques ouvre la voie à la réautorisation du glyphosate » dans le numéro 3587 du 20 mars 2017

« Il est nécessaire de travailler aux alternatives », soutient Nicolas Hulot

« Ce que l’on demande au gouvernement, c’est de ne pas laisser les paysans dans une impasse ! », dit le président de l’APCA

La rédaction



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