Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 28 avril 2017

La filière veau craint un retournement rapide de la demande du consommateur


La filière veau s’interroge sur une évolution des systèmes d’élevage en lien avec une demande de plus en plus pressante du consommateur – et donc de la distribution – au sujet du respect du bien-être animal. Un thème porté par le 6e Veal Symposium le 26 avril.


« Ce qui s’est passé dans l’œuf [avec un changement brutal des méthodes d’élevage suite à une pression de la distribution, ndlr], cela me fait peur », a souligné Marc Butruille, président du Syndicat national de la vitellerie française, le 26 avril lors du 6e symposium international du veau à La Baule. « Restons dans le raisonnable et dans l’économiquement rentable », a-t-il souligné lors d’une intervention sur le bien-être animal durant le symposium. La filière veau de boucherie a effectivement déjà du mal « à recruter » de nouveau éleveurs, selon Alexandre Merle, président d’Interveau, qui a évoqué le « bien-être de l’éleveur ». La question du bien-être animal est particulièrement prégnante dans cette filière puisque la production concerne de jeunes veaux (14 jours), comprenant une période de transport avant engraissement dans des bâtiments fermés. Les veaux vivent alors sur caillebotis (absence de paille), sont nourris deux fois par jour et présentent un certain nombre de stéréotypies (comportements anormaux – jusqu’à 30 % du temps). Denis Simonin, chef de secteur pour le bien-être des animaux à la Commission européenne, a rappelé à quel point la problématique du bien-être animal émergeait dans le monde, même au Brésil dans la filière viande bovine.

Le bien-être animal, un sujet qui se mondialise

« L’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) a développé un bagage bien-être animal considérable » constatait Denis Simonin. D’après lui, « des organismes de financement mettent eux aussi des contraintes bien-être » dans leur contrat. Christine Roguet, ingénieur d’étude à l’Institut du porc (Ifip) remarquait le glissement de l’encadrement des systèmes d’élevage par des normes réglementaires à des normes établis par les professionnels. « Les chartes laissent espérer une plus-value », estime-t-elle. Antony Drevon, intégrateur (Drevon Frères), a choisi de développer le logement de veau sur paille dans des cases de 25 à 50 animaux, avec une ration essentiellement lactée et à volonté. « Par rapport à nos concurrents, nous n’avons pas tout-à-fait la même performance », observe-t-il, et la couleur de la viande « est plus difficile à tenir ». S’il a trouvé des contrats en direct avec la distribution, il se trouve pénalisé par ses concurrents sur une partie de la production puisque la cotation est nationale et donc référencée sur des coûts de production inférieurs aux siens. « Il ne s’agit pas de mettre en porte-à-faux les autres systèmes d’élevage. Mais ils ne font pas la même chose… », avoue-t-il. La valorisation du bien-être animal est donc encore difficile. Et avec la filière du veau de lait sous la mère, il y a de quoi créer des tensions. Aussi, comme le fait remarquer très justement Marc Butruille : « Il s’agit de travailler ensemble et non les uns contre les autres ».

ED



Téléchargement