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Lundi 20 mai 2013 | focus

L’Inde, moteur des exportations de viande bovine dans le monde


En 2012, l’Inde confirme sa place dans le cercle restreint des exportateurs de viande bovine en occupant la deuxième marche du podium, apprend-on à la conférence sur le marché mondial de la viande bovine organisée par l’Institut de l’élevage le 14 mai à Paris. Les Indiens mettent fin au traditionnel duel Brésil - Australie sur les deux premières places du classement.


L’Inde confirme sa place dans le cercle fermé des exportateurs de viande bovine dans le monde. « L’Inde possède le plus grand cheptel bovin dans le monde, avec 324 millions de têtes », a expliqué Mélanie Richard, responsable de projet à l’Institut de l’élevage le 14 mai à Paris lors d’une conférence sur les marchés mondiaux de la viande bovine. À titre de comparaison, c’est 1,7 fois supérieur au troupeau brésilien. Sur le marché mondial, le Brésil est le premier exportateur de viande bovine, suivi de l’Inde puis de l’Australie. Habituellement, l’Australie et les Etats-Unis se disputent la première et la seconde place du podium des exportations de viande bovine. L’arrivée récente de l’Inde sur le marché mondial de la viande bovine est liée d’une part aux disponibilités d’animaux du troupeau laitier et, de l’autre, aux opportunités de marchés dans les pays voisins.

Enormes disponibilités indiennes

40% de la population indienne est végétarienne. « La consommation moyenne de viande en Inde est de 6 kilos par habitant et par an », poursuit Mélanie Richard. À titre de comparaison, les Français consomment 25 kilos de viande bovine par habitant et par an. Les Indiens consomment beaucoup de produits laitiers et la production de viande bovine doit en très grande partie sa progression au troupeau laitier. En 2012, l’Inde a produit 3,6 millions de tonnes équivalent carcasse (téc) ce qui représente de nouveau une progression. Dans le même temps, les mastodontes de la viande bovine dans le monde voient leur production décroître ou se maintenir tant bien que mal, alors même que la consommation nationale par habitant reste à des niveaux très élevés par rapport à l’Inde. Aux États-Unis, le troupeau est en décroissance depuis 1996 : la décapitalisation du cheptel a été particulièrement marquée en 2012 à cause d’une sécheresse historique qui a poussé les éleveurs à abattre. La production abattue (11,6 millions de téc) est largement supérieure à celle abattue en Inde, mais la consommation nationale est aussi plus de 6 fois supérieure. En Australie, les éleveurs recapitalisent le troupeau après plusieurs années de décapitalisation : en 2012, la production abattue est de 2,15 millions de téc selon les données de l’Institut de l’élevage. Sur le continent européen, la production et les disponibilités sont mal en point. Les volumes abattus dans l’Union européenne se seraient réduits de 4% en 2012. Enfin, au Brésil, la production repart à la hausse en 2012 (9,1 millions de téc), mais après une « impressionnante décapitalisation de 2003 à 2007 ». L’Institut de l’élevage estime que « la production des principaux exportateurs mondiaux n’a toujours pas retrouvé en 2012 son niveau de 2007 ». Si, à court terme, la production de ces pays reste à des niveaux bien supérieurs à l’Inde, les experts se projettent à moyen et long terme et, dès lors, l’Inde pourrait bien être le seul moteur de la croissance des exportations de viande bovine.

Des opportunités à long terme

Le commerce indien de viande bovine se saisit d’opportunités en or pour exporter ses disponibilités en viande bovine. Idéalement situé à mi-chemin entre le Moyen-Orient (Jordanie, Algérie, Arabie Saoudite…) et les pays de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), l’Inde profite également de l’émergence en cours de classes moyennes dans ces régions du monde. « Aujourd’hui, les deux tiers de la classe moyenne sont en Europe et en Amérique du Nord. En 2030, ces deux tiers seront en Asie », souligne Philippe Chotteau, responsable du département Economie de l’Institut de l’élevage. Ces nouvelles classes moyennes passent d’une alimentation basée sur les céréales à une alimentation basée sur le sucre, les huiles…et les protéines animales. Résultats des courses: la FAO (Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation) estime que dans 10 ans, la consommation mondiale de viande bovine aura augmenté de 10 millions de téc, ce qui correspond à la production actuelle du Brésil. Côté Moyen-Orient, l’Inde assure ses débouchés avec une certification halal de la viande bovine : en 2012, les exportations ont progressé de 16% vers la Jordanie, de 55% vers l’Algérie et de 30% vers l’Arabie Saoudite.

Les limites sanitaires

Cet horizon souriant pour le commerce indien reste limité à la demande spécifique des classes moyennes des pays émergents et encore peu regardantes sur la qualité des productions. Mais dans de nombreux pays du monde, les importations de viande bovine indienne sont interdites. Question d’hygiène et de sécurité sanitaire. Pour franchir cette limite, les pouvoirs publics soutiennent depuis plusieurs années les investissements dans l’agriculture. Richard Herd, économiste à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), explique qu’« en 30 ans, les autorités indiennes ont annulé deux fois les créances des agriculteurs indiens auprès de leurs banques ». Par ailleurs, les pouvoirs publics indiens soutiennent le développement des capacités de stockage frigorifique (36 000 tonnes entre 2007 et 2012) et 70 établissements sont agréés par l’Autorité de développement des exportations de produits agricoles et agroalimentaires (APEDA).
(CR)