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Vendredi 17 mars 2017

L’agriculture française est bien en décroissance


Vincent Chatellier, économiste et chercheur à l’Inra, a fait le point sur la situation agricole de la France. Il parle d’une décroissance et d’un décrochage par rapport aux autres pays européens alors que le potentiel est bien là.


" Oui, l’agriculture française est en décroissance ", a affirmé Vincent Chatellier, économiste et directeur de recherche à l’Inra, lors d’un colloque organisé par l’Institut de la gestion publique et du développement économique (IGPDE) au ministère des Finances le 28 février, en marge du Salon de l’agriculture. " Depuis 1990, nous avons perdu plus de la moitié de nos exploitations. Le nombre d’exploitation baisse régulièrement depuis plusieurs années de 2 à 2,5 % par an ", a-t-il souligné avec inquiétude, tout en précisant que la résistance des entreprises agroalimentaires est, à l’inverse, plutôt bonne. " L’agriculture française ne se développe plus en volume ", observe-t-il et " le prix des intrants, lui, ne cesse d’augmenter ". Du côté du bio, les surfaces et la production sont toujours nettement inférieures à " ce qu’imaginaient nos politiques il y a quelques années ". Chiffres à l’appui, il a montré que " nous sommes en train de détériorer notre balance commerciale française ". En 2016, la balance commerciale est même devenue négative dans les échanges intra-européens. La mauvaise récolte de céréales y est pour beaucoup. " Il s’agit de la plus mauvaise récolte céréalière depuis vingt ans ", note-t-il. " Cette année, beaucoup de céréaliers n’ont pas de revenus ". D’autant plus que les aides de l’État ont été absorbées pour soutenir l’élevage bovin, en crise depuis deux ans. Il a évoqué les problèmes de distorsions de concurrence entre pays européens : " Il n’y a pas photo, il y a des pays qui ont galopé plus vite que d’autres sur les quinze dernières années ".

Une balance commerciale qui se détériore en 2016

D’après Vincent Chatellier, les principaux concurrents de la France sont l’Espagne, la Pologne, l’Allemagne ou encore les Pays-Bas. Il évoque une France qui exporte majoritairement vers des pays qui se referment comme les USA ou le Royaume-Uni. " Ce sont des pays où il n’y aura pas d’enjeu de croissance pour la France ", déclare-t-il et de rappeler que " 88 % des exportations sont à destination d’une trentaine de pays ". Il incite plutôt à " aller taquiner " l’Asie ou l’Afrique. Il constate " que le marketing fait plus de vente que le cahier des charges ", indiquant que les produits français trouvent difficilement leur place sur les marchés. Pour autant, ce n’est pas un hasard si la Chine vient s’approvisionner en lait en France. " L’agriculture française a un très important pouvoir de croissance. Il faut réinvestir et rendre l’imitation [des produits français, ndlr] difficile ", conclut-il, ne s’inquiétant pas outre mesure du CETA. " Globalement cet accord présente beaucoup d’exagération ", selon lui. La filière viande canadienne n’est pas près d’envahir la France car elle a déjà des marchés, quant à la filière laitière française, l’accord est plutôt positif pour elle. Le Brexit ne l’inquiète pas non plus. Seulement, " il retardera certainement la réforme de la PAC " à 2022 et non 2020, ce qui risque de décrédibiliser encore un peu plus " cette seule politique européenne vraiment aboutie ".

La population agricole en France : une majorité devenue minorité

Bertrand Hervieu, auteur avec François Purseigle d’une " Sociologie des mondes agricoles ", a évoqué le " malaise " de la population agricole, le 28 février lors d’un colloque organisé par l’Institut de la gestion publique et du développement économique (IGPDE). Un malaise qui tient à la transformation d’une majorité en minorité. " En un siècle, le nombre de chefs d’exploitation a été divisé par dix ", a-t-il souligné. Et la " France a gardé longtemps un tiers de sa population active en zone rurale ". " Il y a un sentiment de déclin, de marginalisation " dans la population agricole aujourd’hui, selon lui. Le modèle du couple familial est devenu obsolète avec la prise de capitaux par des entreprises privées, l’agrandissement des exploitations et l’endettement important lors de l’installation. " Il y a un grand chambardement dans la recomposition du capital. L’agriculture n’est plus une affaire de famille ", souligne-t-il. Pour autant, cette " minorité éclatée " reste repérable, sociologiquement parlant, par son " unité " du fait de ses opinions (religion, sexualité, etc).

ED



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