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Vendredi 14 avril 2017

Face à l’éclatement de la gouvernance agricole, la Conf’ s’interroge


Le congrès annuel de la Confédération paysanne à Muzillac dans le Morbihan a réuni près de 400 agriculteurs, le 13 avril. Les débats ont porté sur la réforme territoriale. Entre intercommunalités, régions, État et Union européenne, l’avenir des agriculteurs est désormais entre de nombreuses mains. Le syndicat s’interroge sur la stratégie à engager.


« On a l’impression que les Régions vont gérer toute l’économie. Mais le foncier et la restauration collective, ce sont les intercommunalités », a affirmé Olivier Dulucq, professeur à l’université de Bretagne occidentale et spécialiste du développement local, lors du congrès annuel de la Confédération paysanne qui se tenait à Muzillac dans le Morbihan le 13 avril. Près de 400 agriculteurs étaient présents. Le débat portait sur la territorialisation et la gouvernance du développement agricole. Olivier Dulucq insiste : « Les communautés de communes peuvent être un lieu de concertation. » Ces Epic (établissement public de coopération intercommunale) sont encore selon ses termes des « objets politiques non identifiés », mais « en 2020 pour les prochaines municipales, le débat des Epic va monter en puissance ».

Bruxelles, un bouc émissaire ?

Mais Olivier Dulucq va plus loin : « Soit on continue de penser que ça se passe à Paris et à Bruxelles, soit on change de lunettes et on voit que ça va se passer dans les intercommunalités ». Si l’objectif de maintenir une agriculture paysanne dans les territoires est partagé, se passer de l’échelon nationale et européen ne fait pas consensus. Aurélie Trouvé, maître de conférence en économie à Agrosup Dijon, rappelle que le revenu des agriculteurs dépend parfois à plus de 100 % des aides publiques. « On ne peut pas se désintéresser de l’échelle nationale, européenne et mondiale ». Par ailleurs, face à la « montée de l’extrême droite », elle enfonce le clou : « Le gouvernement a trop tendance a se reporter sur l’Europe. La France doit tenir une position forte. » Pour elle, les États membres ont des marges de manœuvre. « En France, plus une ferme est mauvaise pour l’environnement, plus elle touche d’aides. Alors qu’au Royaume-Uni et en Allemagne, c’est le contraire », a-t-elle affirmé en présentant la conclusion d’une thèse qui va être publiée prochainement. Là où Olivier Dulucq privilégie les intercommunalités, elle complète en réaffirmant l’importance du levier politique que constituent l’État et l’Union européenne, laquelle « doit être modifiée. »

Des Régions controversées

L’échelon régional qui a acquis les compétences du 2e pilier de la Pac depuis 2014 était aussi au cœur des préoccupations. Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, raconte à propos de sa région d’origine Rhône-Alpes : « Le Conseil régional a sabré les associations, a arbitré en faveur de la modernisation plutôt que du changement de pratiques ». Il poursuit : « Les paysans n’en peuvent plus de la modernisation car elle signifie endettement ». En outre, de cette gouvernance régionale qui induit des arbitrages différents selon les Régions, certains agriculteurs s’en inquiètent : « Il y a des distorsions de concurrence ». En revanche, tous les agriculteurs ne décolèrent pas des paiements retardés des aides publiques. Olivier Allain, agriculteur et vice-président de la Région Bretagne, supporter d’Emmanuel Macron, propose de « laisser aux Régions la possibilité de gérer le paiement des aides » et en appelle « au prochain Président de la République. »

« En 2020 pour les prochaines municipales, le débat des Epic va monter en puissance », selon Olivier Dulucq

La Confédération paysanne tend la main aux paysans « intensifs »

« Il faut aller chercher les gens les plus intensifs. Ils ont des DPU, mais la convergence des aides les condamne », a déclaré Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, lors du congrès annuel à Muzillac dans le Morbihan, le 13 avril. Le syndicat agricole affirme qu’il existe des alternatives à la course à l’agrandissement et à la modernisation des fermes. Par ailleurs, la Confédération paysanne, « ce ne sont pas que des paysans bio ». Pour ceux qui ont décidé de se convertir, ils n’oublient pas leur origine. « Je sais d’où je viens. Je ne crache pas sur l’intensif. Quand j’étais jeune, je vendais du Round’up, puis je me suis installé en conventionnel intensif comme mes parents. Aujourd’hui, je suis en bio. Le monde a changé et j’ai changé avec », raconte Dominique Raulo, éleveur laitier et ancien porte-parole de la Confédération paysanne de Bretagne.

CR



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