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Lundi 11 janvier 2010 | traitements bio

Du sucre, de l’argile ou des champignons au service des plantes


Les recherches progressent sur les méthodes alternatives aux produits chimiques de synthèse pour soigner les cultures. Avec des produits parfois surprenants : du sucre ou de l’argile pour lutter contre les parasites, des extraits de plantes contre les moisissures, des champignons symbiotiques qui remplacent les engrais en puisant des nutriments dans le sol et les redistribuant aux racines des plantes. Ce ne sont là que quelques-unes des nouvelles pistes qui s’ouvrent. Cependant, pour aller au-delà de l’expérimentation, la législation devra faire une place à ces produits.


Sous le titre Des plantes pour soigner les plantes, l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab) a présenté les résultats d’expérimentations réalisées avec des extraits de prêle et de saule pour lutter contre les maladies fongiques, lors des journées techniques « viticulture biologique » les 25 et 26 novembre 2009 à Montbazillac (Dordogne). Une pré-étude a permis de « montrer la présence de composés naturels bioactifs » dans les préparations réalisées à partir de ces végétaux.
Dans la prêle, « l’acide chicorique (famille des acides caféiques) et la quercetine-3-O-glucoside augmentent la résistance à la pourriture grise, maladie cryptogamique due au champignon Botrytis cinerea », note le Dr Cédric Bertrand, du laboratoire de chimie des biomolécules et de l’environnement de l’Université de Perpignan.
Dans le saule, « l’acide salicylique est impliqué dans les mécanismes de résistance aux agents pathogènes ; il participe au processus de résistance systémique acquise. L’apport extérieur d’acide salicylique pourrait aussi stimuler les défenses de la plante », selon l’Itab.
Un problème reste à résoudre : le manque de stabilité dans le temps des préparations. D’autre part, « les revendications sont basées sur des mécanismes qui restent inconnus (…) et doivent être rigoureusement démontrés afin d’optimiser l’élaboration et l’utilisation de ces préparations naturelles », poursuit Cédric Bertrand.

Un signal « sucre » pour prévenir arbres et légumes
La pulvérisation de sucres (fructose et saccharose) à très faibles doses protège les arbres et légumes contre bien des agressions. C’est ce que montrent les travaux de Sylvie Derridj (Inra de Versailles) exposés les 8 et 9 décembre à Paris, lors des journées techniques nationales consacrées aux fruits et légumes bio.
« La pulvérisation foliaire de sucres en infra-doses (de l’ordre d’1 à 10 g /100 L) sur des plantes fruitières et légumières induit des résistances systémiques vis-à-vis de différents phyto-agresseurs. Ces résistances se manifestent à la surface et dans les feuilles ainsi que dans les racines, respectivement vis à vis d’insectes, d’un champignon pathogène et d’un nématode », selon les travaux de l’Inra.
« Sur quatre ans et dans différentes situations géographiques, des études expérimentales sur pommiers en vergers et en jardins, ont confirmé l’intérêt des applications de sucres seuls ou en association avec divers insecticides (chimiques ou biologiques) contre le carpocapse, un insecte ravageur des fruits à pépins ou à noyaux. Le saccharose ou le fructose appliqué à des concentrations de 1 ou 10 g/100 L réduisent significativement les dégâts, d’environ 40% », a expliqué Sylvie Derridj. « Le saccharose seul à 10 ou 100 ppm peut réduire jusqu’à 63% les dégâts dus au carpocapse en verger », a poursuivi la chercheuse.
Le signal donné par le sucre « induit des mécanismes qui protègent la plante avant d’être attaquée », dans un délai qui va de quelques minutes à quelques heures. Ces derniers ne sont pas élucidés et sont en cours d’étude (proposition projet européen 7e plan). La conclusion de l’Inra est que les sucres présentent un réel intérêt pour réduire les usages d’intrants.

L’argile contre les insectes
Le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) a, lui, testé l’utilisation de kaolinite, une forme d’argile, pour lutter contre le puceron vert du pêcher, Myzus persicae sulz. Ce puceron peut compromettre la récolte mais également endommager la charpente de l’arbre, voire provoquer sa mort. De plus, il est l’un des vecteurs du virus de la Sharka. Il est très difficile à combattre car il est devenu résistant à plusieurs familles d’insecticides comme les organophosphorés, les carbamates, les pyréthinoïdes.
« L’argile peut être positionnée soit à la chute des feuilles pour contrarier les pontes, soit au printemps pour empêcher l’installation des fondatrices. L’argile positionnée en automne permet de réduire de 50% les pontes des œufs d’hiver », note le CTIFL. Le Surround (produit commerciale utilisé dans l’essai) appliqué seul à l’automne ne suffit pas à limiter les foyers de pucerons au printemps mais il peut être associé à l’application d’huiles minérales en hiver, en agriculture raisonnée.
Pulvériser une fine couche d’argile aurait une action sur les pucerons « d’une part par la vision répulsive de la couleur blanche des arbres, d’autre part par une action mécanique, empêchant les pucerons de se poser et/ou de se déplacer sur le végétal », selon l’étude.
Cependant, aucune argile n’est autorisée ni en France ni en Europe en usage phytopharmaceutique. Et en dépit des résultats obtenus, l’utilisation du Surround, homologué pour lutter contre la psylle du poirier, est pour l’instant totalement exclue sur tout autre ravageur, conclut le CTIFL.

Des mycorhizes comme engrais
95% des plantes, cultivées et sauvages confondues, bénéficient d’une association avec des champignons du sol en formant des mycorhizes (symbiose entre des champignons et des racines de plantes). Le mycelium des champignons puise sur une très large surface du sol des éléments nutritifs qu’il ramène à la racine de la plante, élargissant ainsi son rayon de prospection. On observe de meilleurs rendements chez les plantes mycorhizées.
« Nous estimons que les engrais minéraux pourraient être réduits d’un tiers à un quart selon les types de sols et la nature des cultures si la mycorhization était pleinement valorisée », explique Silvio Gianinazzi, directeur de l’unité Plante-Microbe-Environnement à l’Inra de Dijon.
L’expérimentation a déjà débouché sur des applications.
« Il y a déjà des applications en Chine et en Inde en grande culture et surtout dans les autres pays européens. En France, environ 15 entreprises utilisent des mycorhizes, pour la forêt et l’horticulture essentiellement », poursuit Silvio Gianinazzi. Là encore, la législation fait obstacle : « Pour homologuer une molécule chimique ou un champignon, il n’y a pas de différence. Les études sont très coûteuses. La législation est inapropriée », regrette Silvio Gianinazzi. Guy Paillotin, président du groupe Ecophyto 2018, s’en est pris lui aussi le 2 avril lors d’un colloque sur l’intensification écologique, aux rigidités administratives.
« Notre système (d’homologation) est ciblé sur les performances et l’efficacité des produits. Ce qui fait que tous les autres produits, tels les stimulateurs de défense des plantes, sont pénalisés en Fance et en Europe », dénonçait-il en jugeant totalement inadapté le processus d’homologation. Aucune technique alternative ne verra le jour, selon lui, tant que la législation n’aura pas évolué.
(AFR)