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Lait

lundi 19 juillet 2010

Des choix politiques tournés vers l'efficacité économique


Principal partenaire et concurrent de la France, la filière laitière allemande fait l'objet de toutes les attentions. L'institut de l'élevage a lancé une étude sur ce que beaucoup présentent comme un « modèle » de compétitivité. Les conclusions définitives seront disponibles courant octobre. Le pays qui prend des parts de marché à la France notamment depuis la crise laitière de 2009 avec un prix du lait plus compétitif fait tourner la tête à bon nombre d'industriels français qui oublient un peu vite qu'en 2006 et 2007 le prix allemand était supérieur au prix français. Force est de constater que l'Allemagne laitière bénéficie aujourd'hui de choix politiques permettant à la filière de tirer son épingle du jeu sans pour autant avoir échappé à la crise de 2009. Ce pragmatisme germanique n'a pas abouti à une uniformisation du modèle laitier allemand qui a plusieurs visages.

La diversité du paysage laitier allemand ne facilite pas l'analyse » prévient Christophe Perrot, ingénieur à l'institut de l'élevage, dont l'étude finalisée sur les concurrents laitiers de la France dans la zone euro est attendue pour la mi-octobre. L'Allemagne laitière est un patchwork de production plus typé qu'en France. Donc plus difficile à cerner.
L'Allemagne est le premier producteur de lait européen avec un quota de livraisons de 28,8 millions de litres et compte 94 000 exploitations laitières réparties sur trois zones : le Nord-Ouest qui concentre 30% des exploitations laitières et 37 % de la production ; l'Est avec 5 % de exploitations qui fournissent 2 % de la production et le Sud où 57 % des exploitations apportent 34 % du lait (source FNPL). Un tiers de ces exploitations sont diversifiées précise l'institut de l'élevage. La Bavière au Sud se caractérise par des tailles de troupeaux d'environ 27 vaches contre un troupeau moyen d'environ 160 vaches à l'Est (source FNPL). Le rendement moyen des vaches laitières allemandes est de 6827 kg/vache contre 6340 Kg/vache en France. Là encore, se cachent derrières ces chiffres comparables de forts contrastes entre la Bavière à 6082 kg/vaches de rendement et les lander de l'Est à 8400 kg/vache.

La crise de 2009 a aussi touché l'Allemagne

On peut dire que les revenus des producteurs de lait allemands en 2009 sont proches de ceux constatés en France. La crise laitière de 2009 a eu un impact plus fort dans les exploitations intensives de Nord-Ouest. Le revenu enregistre une baisse de deux tiers par rapport à 2007/2008 ; contre une diminution de 50 % pour les éleveurs laitiers du Sud, « plus autonomes » avec des exploitations sur « modèle patrimonial pluriactif » et l'Est dont les fermes sont plus diversifiées. Cette résistance des élevages laitiers en Bavière est assez « étonnante » commente Christophe Perrot qui avance comme explication le modèle patrimonial et pluriactif avec un foncier « hors de prix ». De toutes les façons, « quel que soit le pays d'Europe, il n'y pas d'exploitations viables dans le contexte de 2009 » souligne l'économiste.

Des choix politiques

Certains des facteurs discriminants entre les deux pays sont d'ordre politiques. « Les pertes semblent être atténuées par une hausse des volumes produits malgré un prix du lait bas ». L'Allemagne fait en effet partie des pays européen dont la production « colle » au quota contrairement à la France. Le prix du lait payé au producteur allemand a été d'environ 250 euros/1000 litres en 2009 contre 383 euros/1000 litres en 2007 (prix du lait payé au producteur, taux réels et complément de fin de campagne). Le revenu moyen reste positif en Allemagne. La France a fait un choix politique inverse en limitant la production avec l'objectif de faire remonter les cours.
(Cf tableaupage 7). En 2009, le prix moyen du lait en France est de 298 euros/ 1000 litres. Ce qui fait hurler les industriels laitiers français qui réclament un niveau de prix du lait comparable en France face une Allemagne plus compétitive, qui nous prennent des parts de marché, notamment sur le lait de consommation. En juin 2010, l'écart du prix du lait entre la France et l'Allemagne n'existe pratiquement plus. Il n'empêche, le modèle économique allemand, vanté jusqu'au Président de la république français est aujourd'hui considéré comme plus compétitif.

Des soutiens « exceptionnels »

Déjà, il faut comparer les plans de soutien exceptionnels mis en place par les Etats membres de l'Europe face à la crise agricole. La France a eu le sien sur la base de prêts bancaires. « Des Sonderprogramm » est un programme spécial pour l'agriculture en Allemagne en 2010 et 2011. Un volet est exclusivement laitier et représente 500 millions d'euros. Ce qui implique un bonus de 50 euros/ha environ. L'application de la régionalisation en Allemagne en 2010 et 2011 pénalise fortement les exploitations intensives du Nord-Ouest à hauteur de -100 euros/ha. Plus globalement pour les fermes de 50 à 100 vaches laitières, la baisse des aides entre 2009 et 2013 serait de l'ordre de 20 %.

Le régime « intrigant » de la TVA

L'étude de l'institut de l'élevage insiste aussi sur le régime « intrigant » de la TVA au « forfait ». L'avantage comparatif se situe à environ 12 euros/1000 litres souligne l'institut. Mais il est partiellement « neutralisé » par la TVA payée sur les investissements. Christophe Perrot insiste sur « la très forte variabilité individuelle de cette mesure » liée aux investissements.
Au niveau de la répartition des références et de la production, l'Allemagne favorise « une mobilité accrue » des échanges de quotas laitiers avec un « renforcement des zones laitières les plus denses »soulignent le Cniel (Interprofession laitière) et FranceAgriMer. Comme le quota est marchand, les comportements économiques des éleveurs sont différents de ceux des Français. « Ils mettent plus de vaches dans leur bâtiment et saturent l'outil de production ». Ce qui est contraire à la politique laitière à la française dont l'objectif est de maintenir des exploitations agricoles sur tout le territoire et des éleveurs laitiers nombreux dans les différents bassins de production.

La concurrence biogaz

La diversification est également favorisée d'un point de vue politique avec des diversifications encouragées comme la méthanisation à la ferme. Elle s'est rapidement développée depuis la loi sur les énergies renouvelables entrée en vigueur en 2000 et modifiée en 2004. Les installations allemandes bénéficient notamment d'un tarif d'achat incitatif de l'électricité produite à partir de biogaz garanti sur 20 ans. Une prime aux cultures énergétiques a également été créée dès 2004. En conséquence : 4 850 installations de méthanisations agricoles ont été recensées en 2008 contre 13 en France. Même si on peut s'interroger sur l'effet à long terme de cette diversification notamment quant à l'impact sur le prix des fermages et sur le prix à la tonne de maïs ensilage utilisée comme matière première, elle apporte un complément de revenu non négligeable aux fermes allemandes.
Au-delà des particularités de l'exploitation agricole laitière allemande, la filière présente aussi des spécificités dont certaines sont à même d'améliorer sa compétitivité. 70 % du lait est transformé par des coopératives. L'industrie laitière allemande se caractérise « par une faible internationalisation industrielle, peu de marques fortes, une gamme de produits comprenant peu de spécialités et des sites industriels de grande taille ». « Il y a peu de valeur ajoutée, l'exportation s'impose comme un évidence stratégique » commente le Cniel.

Une démarche de « businessman »

Et le psychodrame du prix du lait tel qu'il est vécu en France entre les producteurs et les transformateurs ne semble pas avoir d'équivalent en Allemagne même si les éleveurs font aussi entendre leur voix. Le prix du lait n'est pas décidé à l'avance mais correspond à la valorisation obtenu par la coopérative lors de la vente des produits. Après cette « valeur » est rétrocédée aux producteurs. Le prix est logiquement différent selon les régions laitières. Tout dépend des fabrications des entreprises. Au niveau des industriels privés, les groupements de producteurs sont « light », souvent limités à des associations de producteurs, qui ont une démarche de « businessman » ! Elles cherchent à obtenir des contrats courts dans la durée afin de les« renégocier » dès que le marché est plus favorable. Tout le contraire de la France, où la loi de modernisation de l'agriculture instaure des contrats longs sensés sécuriser le revenu. Question de politique mais aussi d'état d'esprit.



SB
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lundi 19 juillet 2010

Lait : ne pas négliger la force de frappe hollandaise

Et si le monde laitier et politique français se focalisait un peu trop sur l'Allemagne, devenue l'obsession du moment ? C'est ce que sous entend Christophe Perrot, économiste à l'institut de l'elevage qui invite à ne pas négliger la force de frappe hollandaise et sa rentabilité « inégalée » en production laitière. C'est le pays de l'hyperspécialisation et de l'intensification. Et surtout les investissements sont autofinancés à 50 %. Pour le producteur, la solidité financière de son exploitation prend le pas sur l'endettement qui est un concept peu prisé par les éleveurs hollandais. Les systèmes de production sont « simples, spécialisés et efficaces ». Ce qui n'a pas empêché les éleveurs hollandais, eux aussi de subir les conséquences de la crise laitière.



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