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Vendredi 24 février 2017

Debatisse, Beulin


Il y a, sans doute, deux types de syndicalistes, dans les organisations de salariés ou patronales comme dans celles de l’agriculture. D’une part, les leaders qui gèrent, avec plus ou moins de bonheur, la situation actuelle, défendent l’intérêt de leurs mandants dans le contexte du moment. D’autre part, ceux qui travaillent surtout pour l’avenir, posent les jalons pour un projet, tentent de définir un modèle pour les années futures. Modèle qui est plus ou moins accepté au moment présent mais représente un espoir pour demain. Dans le syndicalisme agricole il y a eu Michel Debatisse. On peut, sans trop se tromper, dire qu’il y a Xavier Beulin. Sa proposition, qu’il rappelait dans son livre tout récent (1) consiste à adapter ce qu’il a connu dans son domaine, le secteur des oléoprotéagineux, à l’ensemble des filières agricoles. Convaincu que ni l’Europe ni l’État français ne seraient plus protecteurs très longtemps, il plaidait pour que les agriculteurs se donnent les moyens d’investir dans la transformation en aval, comme Sofiprotéol le fit, devenant aujourd’hui le groupe Avril. Par ce moyen, le monde agricole s’assurerait des débouchés et une puissance de négociation auprès des distributeurs et de l’État. Donc un revenu, sans recours permanent à l’État.

Xavier Beulin n’est pas l’inventeur de ce dispositif. Il a été à l’école de Jean-Claude Sabin, son prédécesseur et de son directeur Philippe Tillous-Borde. Mais il a apporté ce projet au syndicalisme FNSEA comme un grand projet pour l’agriculture. Sa mise en œuvre a été, hélas, handicapée par les multiples crises climatiques et économiques. Elle reste encore à réaliser. Et surtout, ce projet peut rester un modèle. Reste à savoir si son (sa) successeur(e) sera persuadé(e) de la pertinence de ce modèle.

(1) Notre agriculture est en danger, par Xavier Beulin, éditions Tallandier, 222 pages

Hervé Plagnol, rédacteur en chef



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