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Vendredi 08 septembre 2017

Claude Vermot-Desroches : « La filière comté va devoir innover »


Président du Comité interprofessionnel de gestion du comté, Claude Vermot-Desroches explique pourquoi la filière comté, très souvent prise en exemple, a déjà commencé à réviser son cahier des charges, après un travail de prospective.


Pourquoi la filière comté s’est-elle lancée dans un travail conséquent de révision de son cahier des charges ?

Il faut bien prendre conscience que l’agriculture est en train de changer. La filière comté avait une longueur avance. Si elle veut la conserver, elle va devoir innover, comme la génération d’avant l’avait fait. Le comté est de plus en plus copié par des pâtes cuites. De plus en plus de démarches de grands groupes, de coopératives, de distributeurs proposent des produits laitiers revendiquant leur naturalité et des vaches qui pâturent dehors, avec une meilleure valeur ajoutée. Soit le comté veut continuer à être inimitable, soit il disparaît.

Comment allez-vous procéder ?

Il s’agit justement de définir comment notre comté est inimitable ! Il se doit d’être porteur de diversité par ses goûts, son artisanat (fruitières) et ses arômes. Il doit répondre aux attentes du consommateur et des membres de la filière. Les valeurs que porte le comté doivent être partagées. Nous observons beaucoup ce que fait la filière champagne par exemple. En termes d’organisation, nous avons créé sept groupes d’experts réunissant producteurs, transformateurs et affineurs qui se réuniront durant 18 mois. Ils aborderont des questions concernant le pâturage, l’alimentation du troupeau, la taille des exploitations, etc. Un nouveau cahier des charges sera présenté par la suite à l’INAO et nous espérons une validation d’ici 2019-2020 par la Commission européenne.

Comment réussir à obtenir une unité dans la filière alors que, déjà, la question du robot de traite a fait débat ?

C’est toute la difficulté. J’ai tous les jours des appels pour m’alerter sur tel ou tel sujet et préserver l’intérêt d’un particulier. Tout le monde est d’accord dans la filière, sauf ceux que cela dérange. Or, nous avons besoin de l’unanimité des collèges pour prendre une décision. Il n’est pas acceptable qu’un seul détruise le travail des autres. Il y a donc tout un travail de médiation à effectuer.

La filière comté est souvent prise comme exemple de réussite dans les débats français, comment avez-vous fait au niveau de Bruxelles pour préserver votre filière ?

Dans la réforme du « Paquet lait », Stéphane Le Foll et les députés européens José Bové et Michel Dantin ont défendu avec justesse que les AOP puissent réguler leur offre. Dans notre développement, Bruxelles ne nous aidera probablement pas car les exigences que nous avons dans notre cahier des charges ne sont pas dans l’intérêt d’autres pays européens. Tout comme la régulation des volumes des productions n’est pas prônée par la Commission européenne.

Que pensez-vous des États généraux de l’alimentation ?

II serait bon de revoir la politique économique et la transparence sur les marges au travers de ces États généraux. Dans notre filière, nous savons combien gagnent les affineurs par exemple ! De plus, il serait intéressant de travailler sur la prochaine Pac pour trouver une même ligne directrice à défendre auprès de la Commission. Retirer les aides à des filières comme la nôtre, comme je peux l’entendre parfois, c’est inimaginable à moins d’avoir la garantie de pouvoir réguler notre offre, la taille de nos exploitations et de nos fruitières ou encore d’accepter la révision de notre cahier des charges.

Propos recueillis par Emilie Durand



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