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Vendredi 17 novembre 2017

Biotech : les promesses de l’ADN de synthèse


L’ADN de synthèse produit à l’échelle industrielle permettra de faire progresser l’agriculture dans d’importants domaines, a indiqué Emily Leproust, une Française directrice de la société californienne Twist Bioscience, lors d’une conférence le 6 novembre. Ces domaines sont notamment la génétique, la transformation avec les bactéries et les levures, et la fertilisation.


L’agriculture est l’un des secteurs de l’économie et de l’environnement qui pourra bénéficier d’importantes avancées, du fait de la capacité à produire des gènes à la demande. Fabriquer des gènes est en effet une technique qui existe depuis le début des années 1980, mais maintenant on en est au stade de la fabrication industrielle de gènes, a exposé Emily Leproust, directrice de la société californienne Twist Bioscience. « Nos clients, par exemple des généticiens, conçoivent les gènes, passent commande, et notre métier est de les construire. Nous sommes des constructeurs de gènes à façon », a-t-elle expliqué.


Les gènes de synthèse comme solutions à des défis mondiaux

La directrice générale de Twist Bioscience, société de 200 salariés, a évoqué les voies d’amélioration génétique que pourront apporter ces gènes fabriqués à façon : par exemple le rendement du maïs, sa résistance aux maladies et à la sécheresse. Elle a cité le cas déjà réalisé du papayer d’Hawaï, décimé par un champignon, qui a été entièrement « reconstruit » par des gènes de synthèse. Et celui du bananier, dont la variété Cavendish, qui est quasiment la seule à être proposée sur le marché mondial, est menacée de disparition à cause d’un champignon ultra-résistant aux fongicides. « Les nouveaux gènes, fabriqués à façon, permettront à la production de bananes de repartir sur de nouvelles bases génétiques », a affirmé Emily Leproust.

Son sujet de prédilection est celui des engrais azotés qui pourront être produits à partir de bactéries fixatrices de l’azote atmosphérique. L’enjeu est décisif pour l’agriculture : « Le jour où, au lieu d’épandre des nitrates, il suffira d’épandre des bactéries capables de capter l’azote de l’air et le rendre utile aux plantes, l’agriculture aura réduit de 30 % ses coûts de production ». De tels travaux de recherche sont en cours, menés conjointement par la National Science Foundation aux États-Unis (Fondation américaine pour la science) et le UK’s Biotechnology and Biological Sciences Research Council (Conseil de la recherche scientifique de biotechnologie et des sciences biologiques du Royaume-Uni), avec déjà des résultats en laboratoire, selon Twist Bioscience.

Les gènes peuvent être produits à la demande, comme des produits banalisés et bon marché

Les multiples applications de l’ADN de synthèse

La production de gènes à la demande, comme des produits banalisés et bon marché, va concerner plusieurs domaines importants de la vie : l’agriculture, l’agroalimentaire via les fermentations, l’environnement, la médecine, et même le stockage des données, a développé Emily Leproust. Sur ce dernier point, elle a rappelé que l’ADN, qui est un code génétique, est un moyen de stocker de l’information, avec l’avantage de la stabilité dans le temps. Alors que l’électronique utilise un alphabet à deux lettres, le 0 et le 1, pour le stockage des données, la génétique repose sur un alphabet à quatre lettres, A, T, G, C.

L’industrie des gènes monte en puissance : entre avril et juin 2016, Twist Bioscience avait une capacité de production de 2 000 gènes par mois ; cette capacité a été portée à 10 000 gènes par mois entre janvier et mars 2017 ; l’entreprise de San Francisco annonce une capacité de production de 60 000 gènes à partir de décembre prochain. Après commande, les gènes peuvent être livrés entre 7 et 20 jours.

MN



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