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Lundi 03 juillet 2006 | suède

Au pays du bioéthanol


En Suède, le bioéthanol est une réalité. Plus : une volonté politique sans faille. Si ce biocarburant s’est développé dans ce pays nordique, c’est sous la pression de la population, relayé par les politiques. Aujourd’hui, le marché du bioéthanol explose dans le pays et tous les acteurs prônent une indépendance énergétique de l’Europe.


La Suède a opté pour une incorporation directe de l’éthanol dans l’essence depuis déjà deux ans. Le bioéthanol est ainsi distribué sous deux formes : l’E5, c’est-à-dire 5 % d’éthanol mélangé à 95 % d’essence, et l’E85, c’est-à-dire 85 % d’éthanol mélangé à 15 % d’essence. Cela représente une consommation d’éthanol de 250 millions de litres en 2005.

« La Suède est un pays ouvert, avec une conscience politique forte, et la réussite de ce projet est liée à la politique gouvernementale », explique Anna Petre, responsable des affaires publiques chez Saab. Le gouvernement s’est, en effet, attaché à appliquer, dès son adoption à Bruxelles, la directive européenne sur les biocarburants. Le choix s’est donc porté sur une incorporation directe dans l’essence. « C’est la meilleure solution, car cela permet d’atteindre très rapidement de gros volumes d’éthanol utilisé, sans attendre le renouvellement du parc automobile », considère Nicholas Kallsäter, responsable de la distribution chez Statoil, l’un des leaders de la distribution de carburants en Suède.

Indépendance énergétique

Tous les acteurs de la filière : distributeurs de carburants, constructeurs automobiles, collectivités locales, avancent les mêmes arguments en faveur du bioéthanol. Eva Sunnerstedt, responsable du projet environnemental à la municipalité de Stockholm résume la situation : « Le réchauffement global de l’atmosphère est particulièrement inquiétant. Durant les 4 000 dernières années, le taux de CO2 n’a jamais été aussi élevé. Or, la teneur en CO2 et la température atmosphérique sont fortement correlées. Par ailleurs, il nous est indispensable d’acquérir une indépendance énergétique. Enfin, il faut agir sur les transports pour améliorer notre santé ». La Suède produit 25 % du bioéthanol qu’elle utilise, et elle importe le reste du Brésil et de l’Union européenne, dont la France. Elle encourage les autres pays de l’Union européenne de produire du bioéthanol, voire de limiter les importations brésiliennes, afin de gagner une indépendance énergétique.

Initiatives locales

Après avoir généralisé l’incorporation à faible taux (5 %), les Suédois n’ont pas voulu s’en tenir à cela. L’objectif a été de développer le bioéthanol E85. « Cela a démarré grâce à des initiatives locales comme la ville de Stockholm », assure Eva Sunnerstedt. « Nous nous sommes dit que nous pouvions agir dans la mesure où nous possédons les bus et nous achetons le carburant, poursuit-elle. Nous avons commandé 300 véhicules propres en même temps et nous avons mis les pétroliers devant le fait accompli ». La ville de Stockholm s’est donné comme objectif d’avoir 60 % de véhicules propres fin 2006 et d’utiliser 80 % de carburants propres (biogaz et bioéthanol) fin 2006. Les premières voitures ont été importées des Etats-Unis, des Ford, car au début des années 2000, elles étaient introuvables en Europe. Puis Saab et Volvo ont suivi. De nombreux avantages fiscaux ont été mis en place pour accompagner le développement des biocarburants.

« Nous croyons beaucoup à l’effet Ketchup, plaisante-t-elle. Au début, malgré des mesures mises en place, il ne se passe rien, puis tout à coup, le marché explose ». La Suède est aujourd’hui dans cette phase. 25 000 véhicules propres circulent en Suède. Le pays s’était fixé comme objectif qu’en 2006, 4 % des véhicules neufs soient des flex fuel, qui peuvent fonctionner au carburant E85. En fait, au lieu de 4 %, les voitures flex fuel représentent 12 % des véhicules neufs, et même 19 % au niveau de la ville de Stockholm. Sur les 4 000 stations-service en Suède, 10 % offrent déjà du bioéthanol et il est prévu qu’en 2009, il devrait y en avoir 2 200.

Un bon « business »

Bref, le marché du bioéthanol est une bonne opportunité pour les agriculteurs et les forestiers suédois qui ont investi dès le départ. La Suède compte 3 usines de bioéthanol à partir de blé et 4 à partir de déchets de bois. « C’est un bon business», avoue Erik Herland, directeur économique de la coopérative céréalière Lantmännen, qui détient une usine d’éthanol d’une production 55 000 m3 entièrement financée par les agriculteurs, et qui est a prévu le lancement d’une deuxième usine de 200 000 m3 opérationnelle en 2008. « Parmi toute nos activités, alimentaire, alimentation animale et énergie, le bioéthanol est la plus rentable », reconnait-il. Cela laisse songeur…

(NO)